21.11.2009
Jeu de mains, jeu de toulousain
Une précédente chronique avait déjà souligné qu'à mélanger droit et morale, on fait du mauvais droit et on fragilise la morale que l'on veut défendre. Le débat qui agite la France depuis mercredi et envahit jusqu'à cette chronique, est de savoir si le match de Football entre la France et l'Irlande doit être rejoué. Combien de voix se sont élevées (pas vrai Attali ?) pour dire combien il fallait avoir honte et demander à rejouer le match. Combien d'amalgames douteux : en vrac la marseillaise, l'identité nationale, l'honneur, la morale entre autres sont convoqués pour condamner, vociférer, s'indigner. Signe de la confusion intellectuelle qui règne quand même souvent dans ce pays.
Faisons un peu de droit puisque tel est notre plaisir : le football a décidé de confier le respect des règles du jeu à un trio d'arbitres. Il a refusé de faire appel à la vidéo. L'erreur éventuelle de l'arbitre fait partie des règles. Elle peut concerner des actions déterminantes ou anodines. L'arbitre, en droit, à toujours raison puisque sa décision n'est pas susceptible d'appel. Comme le juge, la loi lui confère à un moment donné la possibilité de dire la vérité, serait-elle contraire aux faits. Comme l'employeur fait sa loi sous le contrôle du juge, le footballeur peut utiliser ses mains sous le contrôle de l'arbitre. Shiva n'est pas interdite de football.
...il est nécessaire de rappeler l'adage rugbystique : "Jeu de mains, jeu de toulousain". Certes, nous sommes au rugby. Mais en ce domaine la règle est claire : la vidéo peut être utilisée pour arbitrer mais uniquement dans deux cas : en cours de match pour valider ou non un essai (et pas pour une action située dans le champ de jeu), après le match pour des brutalités qui n'auraient pas été sanctionnées (et non pour revenir sur des décisions d'arbitrage). Constatons que la règle est différente et les conséquences également. Plutôt que de vociférer, la seule question qui vaille concernant Frane-Irlande est de savoir s'il faut modifier une règle qui peut aboutir à des décisions d'arbitrage sur des actions de but ou si l'on adopte la règle du rugby (vidéo uniquement pour valider ou invalider les buts marqués). En l'occurence, si la règle avait été celle du rugby, il n'y aurait pas eu but, la France aurait été éliminée et l'on parlerait depuis mercredi de la nullité des joueurs et de leur entraîneur ce qui rehausserait le débat.
Mais concluons qu'il serait dommage de se priver de la possibilité d'utiliser ses mains, qui contribuent largement à la grâce de la vie, qui peut surgir en n'importe quel lieu et à tout moment.
13:56 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, france-irlande, toulouse, stade toulousain, thierry henry, main, match
16.11.2009
New York Dolls
Retour à Paris et dernière chronique New Yorkaise, pour le plaisir de partager quelques rencontres de hasard, dont on sait qu'il n'est jamais que la manifestation extérieure d'une nécessité intérieure selon la belle définition surréaliste.
Au début des années 1970, le groupe New York Dolls défie la chronique et annonce la vague punk qui se développera à Londres et ailleurs. Aujourd'hui, l'appellation s'est embourgeoisée, comme la ville.
01:46 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, 11 septembre, new york dolls, proust, bellmer, droit, surréalisme
13.11.2009
Des français à New York
On rencontre à New York beaucoup de français, et pas que des touristes ou des expatriés. Trois rencontres au hasard des pas aujourd'hui. La première à la New York Public Library. En lien avec la chronique d'hier, étaient présentées plusieurs éditions rares du "Candide ou l'Optimisme" de Voltaire. Preuve que l'optimisme n'est pas qu'américain. Il est vrai que l'ouvrage a deux siècles ! Quand à la NYPL, elle s'ouvre sur les mots de Toni Morrison :"L'accès au savoir est le superbe et suprême acte d'une véritable grande civilisation. La NYPL est à cet égard à la fois le symbole et la concrétisation de ce que la civilisation a de meilleur à offrir".

05:44 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voltaire, fragonard, porzamparc, new york, identité nationale, citoyen du monde
12.11.2009
Le choix de l'optimisme
Selon l'INSERM, la France est le premier pays consommateur d'anxiolitiques et de produits hypnotiques, en d'autres termes de tranquilisants. Plus de 25 % des adultes utilisent de tels produits de manière ponctuelle ou régulière sur une année, lesquels produits connaissent une distribution deux à trois fois supérieure à celle constatée dans les autres pays industrialisés. La France pays dépressif ? la récurrence du thème de la souffrance et du mal être au travail et le fait que la question de l'identité nationale puisse être simplement posée conduit à l'évidence à répondre positivement. Le positif justement, voici ce qui semble manquer et nous distinguer. Petite illustration au travers de rencontres de hasard lors d'une promenade dans New York.
05:36 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dépression, optimisme, brooklyn, france télécom, management, ressources humaines
11.11.2009
Egalité toujours
Le Brooklyn d'aujourd'hui n'est plus celui d'Henry Miller. Pour autant, il ne manque ni de charme ni de surprise. La gentryfication, ou boboisation pour parler français, a certes modifié le quartier mais il a l'âme suffisamment trempée pour y résister. Et l'on peut toujours y faire des découvertes : à Brooklyn vit Rachel Papo.Elle vient de publier son premier ouvrage chez PowerHouse Books, intitulé "Serial n° 3817131". A l'heure où l'Amérique exécute ses condamnés, il ne s'agit pas de l'histoire d'un serial killer mais du numéro de matricule d'une jeune fille qui accomplit ses deux années de service dans l'armée Israélienne, ce que fit Rachel Papo.


06:13 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rachel papo, brooklyn, new york, photographie, égalité professionnelle
06.10.2009
Contradictions
Le magnifique musée des lettres et des manuscrits présente jusqu'au 28 octobre l'exposition : "André Breton, d'un manifeste à l'autre". On peut y consulter les manuscrits des deux manifestes du surréalisme et autres documents. Si dans le premier manifeste Breton définit le surréalisme par rapport aux mécanismes de l'inconscient et à l'expression libre de la pensée, dans le second il propose au surréalisme de : "faire reconnaître le caractère factice des vieilles antinomies. [ car] Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas, cessent d'être perçus contradictoirement. Or c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point.". Lorsque Picabia présente deux écoles, point de hiérarchie ni d'opposition, la même réalité à travers deux prismes qui nous invitent à créer une troisième image.

00:05 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : andré breton, surréalisme, picabia, management, hegel
21.09.2009
Particulier universel
Le musée Marmottant présentait jusqu'au 20 septembre une exposition consacrée à deux photographes académiciens : Lucien Clergue et Yann Arthus-Bertrand. Si leur entrée à l'Académie les rapproche sans doute dans le besoin de reconnaissance, leurs oeuvres ne peuvent être plus dissemblables. Lucien Clergue est né à Arles, il photographie Arles, la Camargue, sa culture et ses habitants. Il photographie dans un périmètre restreint des thématiques récurrentes : le sable, la mer, les marais, la corrida, le corps féminin, les amis. Des histoires de fidélité. L'étroitesse des thématiques et des lieux n'y fait rien : jamais Clergue ne fait la même photo, jamais il ne se répète et dans ses photos il revient sans cesse à la vie, au mouvement de la vie, aux traces de la vie, à la sublimation de la mort, à l'essence de la matière et de l'être.

Chez Lucien Clergue, le singulier se déploie vers l'universel, l'instantané vers le permanent, l'anecdotique vers le symbolique, la surface des choses est montrée dans sa profondeur la plus extrême. C'est l'exact contraire que l'on rencontre chez Arthus-Bertrand : il a fait plusieurs fois le tour du monde pour prendre des photos qui sont toujours les mêmes. Mêmes types de cadrages, mêmes effets géométriques, mêmes effets de couleurs, même recherche de la sensation immédiate superficielle et qui ne parle guère. Les photos ne disent rien des lieux, ni de leurs habitants et encore moins de l'humain en général. Le particulier est ramené à un effet de style qui ne raconte ni son histoire ni notre histoire. Les effets de couleurs d'Arthus-Bertrand paraissent désespérément vains face à la puisance du noir et blanc de Clergue.

Le débat demeure d'actualité : simplicité, sincérité, fidélité, profondeur et quête personnelle poussée jusqu'au bout qui permet de rejoindre l'universel d'un côté, recherche de l'effet, superficialité, absence de sens et au final colorisation du vide de l'autre. On ne s'étonnera pas que pour prendre ses photos l'un marche sur le sable et dans l'eau, foule l'arène ou éprouve l'amitié, et que l'autre survole le monde et ceux qui y vivent. Nouvelle illustration de l'adage selon lequel lorsque l'on veut dire des choses fortes il ne faut pas chercher à en dire d'extraordinaires.
00:05 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clergue, arthus-bertrand, camargue, photo, voyage, management, ressources humaines
02.09.2009
Un avenir ouvert
Dans une chronique précédente, j'évoquai le vieux Freud selon lequel tout serait joué dès l'âge de trois ans ! il ne manque guère de biologistes et neurologues pour essayer de démontrer scientifiquement, entendez avec des sciences dures et non de vulgaires sciences humaines, qu'effectivement tout est joué. Le déterminisme biologique a la vie dure. Heureusement quelques voix font entendre une petite musique dissonnante avec ces discours fatalistes. Catherine Vidal est neurobiologiste à l'Institut Pasteur ce qui lui permet de connaître la plasticité du cerveau : "A la naissance, seules 10 % de nos connexions neuronales sont présentes. Le reste va se former ultérieurement en fonction des apprentissages et de l'expérience vécue. Le cerveau évolue tout au long de la vie...L'être humain n'est pas réductible à une machine cérébrale programmée dès le plus jeune âge".

12:08 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : freud, éducation, masson, pédagogie
27.08.2009
On a tous bien raison !
Il n'est pas nécessaire d'écouter pour entendre, mais parfois tentant d'écouter lorsqu'on entend. Dans le bus, dans le métro, dans la rue, au café, au restaurant, en tout lieu et en tout temps les conversations affluent aux oreilles de ceux qui n'y participent pas. Les sujets sont variés, parfois surprenants, trop peu souvent hélas, mais s'il fallait désigner LE sujet le plus fréquemment abordé, celui par lequel tout commence et finit il s'agirait certainement de celui-ci : j'ai raison. J'ai raison de penser ce que je pense, j'ai raison d'avoir eu le comportement que j'ai eu avec mon amoureux(se), mes collègues, mes ami(e)s, ma famille, j'ai raison de faire ce que je fais, j'ai raison de m'abstenir, j'ai raison de t'en parler...j'ai pas raison ?

La devise de la monarchie britannique "Never explain, never complain" est décidément bien lointaine. Se justifier et se plaindre occupent le temps et l'espace. Besoin de se rassurer ? doutes exprimé sous forme de certitudes ? demande d'être conforté ? consolé ? reconnu ? encouragé ? quel que soit son objet, la demande est manifeste. L'erreur est-elle aussi inadmissible qu'il faille toujours persuader, et se persuader, que l'on a raison ? et raison par rapport à quoi ? quelles valeurs, quelle éthique, quels principes, quelle cohérence ? voilà beaucoup de questions en fait, ai-je bien eu raison d'écrire cette chronique ?
Note : en complément, un texte envoyé par Nathalie Duffort qui raconte l'histoire d'un homme qui apprend de ses erreurs.
00:05 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : management, ressources humaines, goya, raison, plainte
03.08.2009
Là où brille l'étoile
Eté 1944 : le débarquement vient d'avoir lieu sur les plages de Normandie, avec ses régiments de canadiens. André Breton est au Canada. Réfugié au Etats-Unis, il passe l'été en Gaspésie à la recherche d'agates sur les plages de Percé. Il découvre le rocher et l'ile Bonaventure : "Dans le rêve d’Élisa, cette vieille gitane qui voulait m’embrasser et que je fuyais, mais c’était l’île Bonaventure, un des plus grands sanctuaires d’oiseaux de mer qui soient au monde."
05:20 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : andré breton, percé, gaspésie, kittie bruneau


