05.06.2009

Dans le rouge

L'entreprise a toujours connu une croissance à deux chiffres, supérieure à celle de son secteur, depuis au moins 10 ans. Il s'agit d'une belle réussite. Elle est sortie récemment du capitalisme totalement familial pour se donner les moyens d'investir. Prévenez David Vincent, les investisseurs sont déjà là ! et cela modifie un peu la donne : l'action a baissé, le dirigeant s'en émeut. Il en est même catastrophé car l'action ne reflète plus la valeur de son entreprise. Je lui dis que toutes les actions ont baissé, mais évidemment l'ennui du voisin ne console pas du sien. Je lui demande comment va l'activité. Il me répond désespéré : on est dans le rouge !

YvesLaloy.jpg
Yves Laloy - Les petits poissons rouges...les petits pois sont verts - 1960

Ah bon, le déficit a déjà pris la place de la croissance à deux pattes ? que nenni. Le dirigeant est dans le rouge parce que le résultat est moins bon que l'an passé. Le rouge s'est déplacé. Ce n'est pas le rouge du banquier qui s'inquiète du déficit tout en pratiquant des agios qui gonflent son résultat en pénalisant davantage son client, mais le rouge de la vie qui va un peu moins bien. Mais bien quand même. Repasser au vert signifierait faire plus. Et c'est ainsi que le toujours plus conduit à l'expansion du domaine du rouge. Il fut une époque où le rouge figurait les rigolus et le vert les tristus.
RigolusTristus

La sincérité du dirigeant n'est pas en cause : il est véritablement affecté par sa moindre réussite. Sans doute prendra-t-il demain quelques mesures restrictives, alimentant ainsi la spirale dépressive. Si l'on veut recréer une spirale vertueuse, pas de doute il faut réhabiliter le rouge !

24.09.2008

La chimère de la formation à l'économie

Serge Dassault a réussi, en son temps, à faire inscrire dans le Code du travail que relève de la formation professionnelle continue : "les actions de formation relatives à l’économie de l’entreprise. Elles ont notamment pour objet la compréhension par les salariés du fonctionnement et des enjeux de l’entreprise". Vieille chimère du management : il suffit d'expliquer et de communiquer et forcément les salariés vont adhérer. La logique n'est pas fondamentalement différente, si l'idéologie affichée est opposée, des tenants de la lutte des classes qui considèrent que l'élite éclairée dotée d'une conscience politique doit éduquer le peuple. Aux uns et aux autres, le peuple ne demande, le plus souvent, rien. Pourtant le président de l'AFCI, Jean-François Bernardin, ressort la recette dans un rapport sur la mondialisation : il faut doter les salariés d'une culture économique et leur expliquer la mondialisation.

chimereweb.jpg
Atelier toulousain "Le Gribouillard" - Chimèreweb

Le plus inquiétant est peut être de constater que cette vision, très "patronnage", des salariés  est souvent partagée par des étudiants en ressources humaines. Tout à l'enthousiasme de leurs études, ils souhaitent associer, communiquer, être transparents et disponibles, moyennant quoi, forcément, leurs objectifs seront partagés. Les salariés ne sont pas des bandes velcros et la question de leur adhésion est sans doute un peu plus complexe. Diffuser la bonne parole n'est certainement pas suffisant. Pour ne pas pourchasser des chimères, peut être faudrait-il cesser d'avoir des visions de haut en bas et s'intéresser vraiment à ceux que l'on devrait cesser d'abreuver de bienfaits présupposés pour s'intéresser véritablement à leurs attentes.