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03/01/2011

2011, première !

2011 est un nombre premier. Le prochain sera 2017. Six ans, c’est long. Alors 2011 année des premières ?

Que ferez-vous pour la première fois en 2011 ? contrairement aux bonnes résolutions, pas nécessaire, et pas souhaitable, d’en dresser la liste a priori. Il suffit juste de se rappeler que c’est en faisant ce que l’on a jamais fait que l’on apprend et que la volonté n’est ni suffisante ni toujours nécessaire, en tous les cas moins que de rester disponible pour les heureux hasards.

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Fragonard - Les hasards heureux de l'escarpolette - 1767

 

Que l'année 2011 soit donc riche pour vous en premières fois et en heureux hasards.

Bonne année à toutes et à tous.

01/01/2011

Valse

 

Le Cabinet Willems Consultant

vous souhaite pour l'année 2011

une valse à mille temps

et d'envoyer valser tous vos emmerdements

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Renée Clavet - La valse marine

 

Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Où l'on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques

Jules Laforgue

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Renée Clavet - La Valse Marine

 

Les mille clairons du désir,

les milles tam-tams du sang résonnèrent dans mes veines,

et les mille violons du plaisir attaquèrent leur valse pour nous

Françoise Sagan

31/12/2010

Engagez-vous !

Selon Sartre, on a jamais été aussi libre que pendant la guerre. Paradoxe ? non, tout dépend de la définition que l’on donne de la liberté. Pour Sartre, la liberté correspond à la capacité de l’homme à faire des choix, à s’engager. Quel meilleur moment pour  s’engager que celui où il est nécessaire de choisir son camp : la collaboration, la passivité, la résistance. L'importance du choix fait éprouver de manière fondamentale la sphère de liberté.

En des périodes, heureusement, moins troublées, la liberté ne disparaît pas mais les choix s'exercent peut être de manière moins radicale. Que cela ne nous fasse pas oublier que si choisir c'est renoncer, c'est également affirmer et s'affirmer.

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Raphaël - Spozalizio (L'engagement de la Vierge Marie) - 1504

Alors que se profilent les (bonnes) résolutions de début d'année, voici l'occasion de leur donner un peu de poids : en 2011, quels sont les engagements autour desquels se construira votre liberté ?

28/12/2010

Identités rapprochées multiples

L'expérience se renouvelle sans cesse. Lors des présentations en début de formation, il se trouve toujours une ou un participant pour dire :"Oh vous savez moi j'ai un parcours atypique...". Comme chacun, serait-on tenté de répondre. Les trajectoires individuelles se différencient et loin de l'uniformisation ou du communautarisme caricatural, mais plus souvent encore caricaturé, c'est plutôt l'appartenance à des univers différents, à des communautés multiples, à des mondes qui s'ignorent mais que les mêmes individus traversent qui deviennent monnaie courante. Avoir plusieurs visages n'est plus une utopie.

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Philippe Sollers nomme Identités rapprochées multiples ces différentes facettes d'un même individu qui le rendent moins facile à ranger dans un case, moins aisé à appréhender, plus difficile à catégoriser. Il ne faut pas s'étonner que ce phénomène dérange : le simplisme de l'individu ramené à un essentiel préexistant est une référence mieux partagée que la complexité de l'être aux mille facettes. Le premier est réduit à une image grossière alors que le second se refuse sans cesse et ne vous offre un visage que pour mieux dissimuler l'autre. Reconnaître les identités rapprochées multiples (IRM), c'est accepter que l'autre dispose d'une liberté inaliénable que la plupart trouveront insupportable mais que d'autres considèreront comme le sel même de la vie.

25/12/2010

Le Noël des toulousaines

Les Toulousaines Clémence Isaure et la Belle Paule

se joignent à moi pour vous souhaiter un

Joyeux Noël

 

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Raymond Moretti - Clémence Isaure et la Belle Paule

 

Raymond Moretti qui disait :

"Je ne suis pas un peintre, je suis un homme qui peint"

22/12/2010

Laissez moi vous les présenter aussi

En ce jour anniversaire (de quoi ? de la neige qui un 22 décembre tombait sur Toulouse et blanchissait la prairie des filtres et les quais de la Garonne, que l'on apercevait depuis la fenêtre de la clinique des teinturiers, que mes yeux ne distinguaient pas) une pensée amicale peut être bienvenue.

Elle s'adresse à Michèle Boumendil qui, lors d'une rare venue à Toulouse à la fin des années 80, a su accorder rapidement sa confiance à un jeune consultant débutant et ne payant pas de mine pourtant.

Elle s'adresse également à Jean-Marie Luttringer qui, à l'issue d'une première collaboration qui ne s'était pas avérée triomphale a eu l'élégance de m'encourager à prendre plus de risques intellectuels.

Pour qui connaît le secteur de la formation professionnelle, Michèle et Jean-Marie font parfois figure de Dinosaures. Ceux-là ont tort : en voici la preuve, le dinosaure c'est celui du milieu.

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L'amitié, contrairement à l'amour peut être,  n'a pas nécessairement besoin d'admiration pour exister et perdurer. Il se trouve que l'admiration de leur professionnalisme a toujours chez moi fait écho à la profonde affection que je leur porte.

Pourquoi en faire état sur ce blog aujourd'hui ? Parce que, comme le chante Serge Lama ce sont mes amis et "qu'aujourd'hui je peux bien me permettre de vous les présenter aussi".

07/12/2010

Une pause dans le dialogue social

Si le dialogue social a des vertus, certains jours il est bon de s'octroyer une pause. En profiter pour laisser son oreille vagabonder et capter les bruits de la rue. Et l'on peut parfois surprendre d'autres dialogues :

- Tu vas comment en ce moment ?

- Moyen, comme les humains ont des jambes pour voyager, j'ai des roues mais je passe la journée enchaînée à un piquet qui n'a guère de conversation...

- Il n'y a pas de justice. Tu sais ce que disait Caton l'Ancien ? "Ceux qui volent des individus passent leur vie au cachot couverts de chaînes, ceux qui volent l'Etat sont vêtus d'or et de pourpre"...

- Pas faux, pour autant j'aimerai bien voler la clé du cadenas parce que j'ai essayé la formule de Gandhi : "A l'instant où les esclaves décident qu'ils ne sont plus esclaves leurs chaînes tombent" mais sans succès...

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- Tu te souviens de Louis Pauwels ? non ? pas grave. Mais référence pour référence il disait que s'il suffisait de s'asseoir dans la position du lotus pour atteindre l'illumination, toutes les grenouilles seraient des Bouddhas...

- Et qui te dis qu'elles ne le sont pas ?

- T'as pas tort...

- Et toi, la forme ?

- Pas terrible, par les temps qui courent, pas simple d'être une roue voilée...

- Ne perdons pas espoir, tu sais ce que disait Cervantes ? la roue de la fortune tourne plus vite que celle des moulins.

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02/12/2010

Les sociomanes de la Génération Y

La sociologie est fondamentale pour comprendre le fonctionnement des organisations, les jeux de pouvoir, les cultures, les évolutions d’une société, au sens large. Mais peut-elle saisir l’individu ? Dans un ouvrage paru en 2009 intitulé « Les sociologies de l’individu », François de Singly et Danilo Martuccelli invitent à prendre en compte l’inscription de l’individu dans plusieurs réalités sociales et à considérer l’irréductible singularité individuelle pour ne pas procéder à des généralisations trop hâtives, y compris lorsqu’elles procèdent d’enquêtes de terrain.

De cette exigence méthodologique, certains font peu de cas, notamment ceux qui ont construit un petit fond de commerce sur la génération Y. Cette génération regrouperait les 24-34 ans, soit en France près de 8 millions de personnes. Qui partageraient comme caractéristiques communes d’être : nés avec une souris, sans peluches, dans la main droite, un écran d’ordinateur en guise de portique à jouet, une zapette dans la main gauche, une frénésie de changement, une quête éperdue de sens, une inscription dans le court terme, un besoin de reconnaissance et d’épanouissement personnel, etc. Si vous voulez la suite prenez n’importe quel horoscope ou lisez l’interview de Frank Bournois dans Entreprise et Carrières n° 1026 et vous découvrirez enfin comment manager ces hordes de barbares technologiques qui n’ont pas les codes des organisations mais ont tous soif d’apprendre (sic).

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Philippe de Champaigne - Crucifixion

A ce degré de généralité, les soucis méthodologiques sont bien loin. Pourtant si l’on y regarde d’un peu plus près, avec quelques travaux sérieux dont ceux de Bernard Lahire,  on s’aperçoit que l’on peut être inculte en matière de nouvelles technologies et manipuler sans problème un portable, une PS3 ou sa page Facebook, que jamais la fragmentation sociale n’a été aussi importante, que toute classe d’âge est constituée d’appartenances sociales diversifiées, que jamais les trajectoires individuelles n’ont été autant diversifiés et que si le changement est si rapide que le rapportent les tenants de la génération Y, alors il est absurde de considérer qu’un même phénomène générationnel impacte de la manière identique des générations nées avec dix ans d’écart.

Bref, tout ceci flaire la supercherie. Et s’il s’agit simplement d’obtenir un succès médiatique ou de librairie, conseillons aux sociomanes de nous refaire le coup du Da Vinci Code et de proclamer avec sérieux et sans sourire, ils en sont capables, que Jésus était le fondateur de la Génération Y, et que cette vérité est non seulement dépourvue de tout ambigüité mais qu'en plus elle peut se constater de visu. C'est pas une preuve ça ?

24/11/2010

Oui, mais elle est toulousaine

France Moulin est cette avocate qui a été condamnée dans le cadre de l'application de la loi Perben qui interdit la révélation d'information à des personnes susceptibles d'être mises en examen. Objet de polémiques, cette loi a été modifiée depuis. Mais le combat de l'avocate s'est porté sur un autre terrain, celui de la garantie des droits fondamentaux. Contestant le rôle joué par le Procureur de la République dans cette affaire, elle vient de faire juger par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg que le Procureur, du fait de son lien hiérarchique avec l'exécutif, n'était pas une autorité judiciaire. La décision embarasse le Gouvernement, qui doit aujourd'hui soit retirer de multiples compétences aux Procureurs, soit couper le cordon ombilical entre le pouvoir et la justice. Et oui, les toulousaines aiment l'indépendance.

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Miss Van

La déclaration des droits de l'homme proclame en son article 16 que qui n'a pas de séparation des pouvoirs n'a pas de constitution. Pour Montesquieu, accueillons ici l'appui bordelais à la lutte permanente contre le pouvoir central, la séparation des pouvoirs était le gage de la liberté : sans séparation des pouvoirs, point de liberté.

La France connaît depuis l'élection du Président de la République au suffrage universel, et plus encore depuis le quinquennat qui met la majorité parlementaire dans la main du Président, une séparation relative des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif. Et les nominations judiciaires par le Président de la République maintiennent le lien entre l'exécutif et le judiciaire. Du reste, l'on sait que les parlementaires sont des godillots et les juges des petits pois (sont l'expression de l'actuel Président). Il serait nécessaire de s'en émouvoir, notamment en dénonçant le paradoxe de ceux qui brocardent l'assistanat tout en nous demandant de nous en remettre à un seul. S'il ne veut pas d'assistanat, que le pouvoir se replie et que la liberté se diffuse. A croire que la liberté et la démocratie sont acquises, on finit par s'endormir, heureusement qu'il y a des toulousaines pour nous réveiller  !

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Miss Van

Pour qui souhaite plus de détails, l'analyse de l'arrêt de la CEDH par le CREDOF

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20/11/2010

Et que le siècle te soit doux

Vendredi à 16h11 un petit d'hommes est devenu présent à lui même, présent aux autres et présent au monde.

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André Masson - Eclosion V - 1956

A peine était-il extrait de l'univers originel, que son regard furetait. Les yeux, étonnamment matures, allaient de tous côtés, il était urgent de prendre la mesure du nouveau monde. Que ce surgissement animal demeure et que tous les animaux en toi trouvent à s'exprimer.

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André Masson -Esprits animaux - 1957

Et que le comportement de furet demeure également. Qu'il te soit loisible de fureter dans les rues, dans les villes, dans les bibliothèques, sous les jupes des filles, dans tout lieu improbable et au final où bon te semblera, dans un foisonnant plaisir.

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André Masson - Formes jubilantes - 1958

Pour ton édification nous te livrerons la légende indienne : deux loups vivent en toi, l'un méchant l'autre bon. Et il s'affrontent. Le vainqueur est celui que tu nourris. A toi de choisir le loup qui, avec toi, tracera ton chemin.

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André Masson - La femme multipliée - 1957

Tu connais déjà la légende juive : à chaque naissance une âme est envoyée habiter un corps. Cette âme immémoriale possède toute connaissance. Mais comme il serait insupportable de vivre en pleine connaissance, un ange passe quelques secondes après la naissance et voile un instant les yeux de l'enfant, le replongeant dans l'innocence. J'ai vu ton regard, mais je n'ai pas vu l'ange.

Que le siècle qui s'offre à toi te soit doux Ioannes.

13/11/2010

A la rue

Intermède du week-end. L'automne prend ses couleurs d'hiver, la pluie s'invite,  les manifs se sont taries, est-ce une raison pour tirer la couette et oublier la rue et ses surprises ?

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Aux cinq coins

Oser et faire du bruit
Tout est couleur mouvement explosion lumière
La vie fleurit aux fenêtres du soleil
Qui se font dans ma bouche
Je suis mûr
Et Je tombe translucide dans la rue

Tu parles, mon vieux
Je ne sais pas ouvrir les yeux?
Bouche d'or
La poésie est en jeu

Blaise Cendrars

04/11/2010

La tentation du simplisme

La défaite de Barack Obama, deux ans à peine après sa triomphale élection, n’est qu’une confirmation de trois phénomènes que les organisations connaissent bien.

Le premier est de s’en remettre à un leader, une personnalité pour garantir le changement. Si ce pari n’est déjà pas simple dans une organisation, au niveau d’un Etat il  ne peut être qu’illusion. Tout changement d’ampleur suppose des évolutions fortes dans les différents corps sociaux et un essaimage des mécanismes du changement. Le leader peut semer des germes du changement, tenter de créer les conditions de sa propagation, mais il ne peut jamais le réaliser à lui seul.

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Emmanuelle Fevre

Le second est que la bataille idéologique est la mère des batailles. La répétition de l’argument tend à le rendre évident plus que sa qualité intrinsèque. Comme le mauvais tube que vous vous surprenez à fredonner parce que vous l’avez entendu cent fois à la radio, le discours le plus caricatural ou grossier peut revêtir les couleurs du faux bon sens lorsqu’il est  répété ad nauseam. De ce point de vue, le Tea Party n’est que l’héritier, à son grand effroi, de Lénine.

Le troisième phénomène est qu’en période de crise, le mode panique gagne plus rapidement le cerveau et que dans ce cas tout ce qui peut apparaître comme complexe devient insurmontable. D’où la tentation d’en revenir aux recettes simples, qui ne sont les meilleures qu’avec des cuisiniers d’exception. Si tel n’est pas le cas, la bascule dans le simplisme et le mauvais goût est immédiate.

Un changement qui ne se décrète pas, une idéologie d’autant plus agissante qu’elle ne se présente pas comme telle et une pensée tenue en laisse par la peur, les enseignements des midterms, au-delà des particularismes américains, ne constituent pas vraiment des surprises. Ils pourraient d’ailleurs bien valoir également outre-atlantique, dans ce petit coin du monde qu’est l’Europe.

03/11/2010

Grenelle ou Talleyrand ?

Comme le frigidaire, l'appellation "Grenelle" est  passée dans le langage commun. Faut-il pour autant en faire un usage immodéré ?  après le Grenelle de l'environnement, le Grenelle de la mer, certains ont appelé à un Grenelle de la sécurité urbaine et voici le futur auto désigné premier Ministre qui réclame un Grenelle de la fiscalité. Personne n'a encore proposé un Grenelle des banlieues (il fut en 2007 question d'un Plan Marschall mais l'aide américaine tarde manifestement à venir), le Grenelle des retraites n'a pas eu lieu et les partenaires sociaux peinent à enclencher le Grenelle du dialogue social. Comme dirait De Gaulle, sauter comme un cabri en criant Grenelle, Grenelle, cela ne fait guère avancer les choses. Et peut être faut-il se souvenir de ce que furent les accords de Grenelle : une augmentation du SMIG (ancêtre du SMIC) de 30 %, une hausse des salaires moyens de 10 %, la reconnaissance des syndicats dans l'entreprise, la réduction de la durée du travail, l'assouplissement des conditions d'accès à la retraite, une grande négociation sur l'emploi, l'engagement d'une négociation sur la formation professionnelle qui donnera l'accord de juillet 1970 puis la loi de juillet 1971...Bref, à peu près exactement l'inverse des tendances actuelles, ce qui confirme que plus on utilise le mot et moins on voit la chose.

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Si l'appellation de Grenelle est restée, c'est parce que le Ministère du Travail, lieu des négociations, a son entrée au 127 de la rue de Grenelle. Mais le bâtiment fait l'angle avec la rue Talleyrand. Vous vous souvenez ?  l'ancien  évêque qui nationalisa les biens du clergé. L'Eglise cria à l'apostat. Et pourtant ! en prévoyant que les biens appartenaient à l'Etat, ils furent ensuite transférés aux communes en grande partie,  Talleyrand, certes avec l'aide du Concordat, inventa un nouveau mode locatif dont l'Eglise tire toujours profit : le curé est le seul, ou quasiment, à pouvoir user du lieu, mais la charge de l'entretien revient à la collectivité publique. Voici un nouveau mode d'accord : celui qui conduit à faire exactement le contraire de ce que l'on annonce. Mais vous voyez l'effet si un dirigeant se mettait à réclamer un Talleyrand des retraites ou de la fiscalité !

Pour mémoire, les accords de Grenelle : Accord_de_Grenelle.pdf

02/11/2010

Fidélité indépendante

Pendant 70 ans, André Kertesz a pris des photos, ne s'interrompant que peu de temps avant sa mort, à 90 ans en 1985. Kertesz, juif hongrois, a traversé le siècle. Cette exceptionnelle longévité a fait de lui le référent des plus grands photographes du XXème siècle : Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, et bien d'autres. Cartier-Bresson dira à Capa : "Quoi que nous ayons fait, Kertesz l'avait fait avant". L'exceptionnel avec Kertesz est qu'il n'est pas catégorisable : portraits, scènes de rues, architectures urbaines, fragments de villes, cheminées parisiennes et new-yorkaise, célébrités, anonymes, images recadrées, corps déformés, esthétisme aux lignes épurées,...Kertesz aura passé sa vie à donner une phénomènale unité à des genres différents.

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De manière étonnante, en se tenant à distance du monde et des villes, en photographiant des ombres, des reflets, en ne jouant pas de proximité avec les gens qu'il photographie, Kertesz fait preuve d'une poésie humaniste rare.

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Le nuage solitaire qui se heurte aux gratte-ciels new-yorkais rend une humanité bouleversante. Comme ce bateau qui emporte tous les souvenirs de toutes les enfances de tous les adultes du monde.

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N'ayant jamais voulu transiger avec ses commanditaires ni trahir son regard, Kertesz connaîtra l'échec commercial et ne sera reconnu que très tardivement. Timide, mélancolique, introverti, Kertesz fait mais ne parle ni ne montre. Pudeur. Mais qui veut voir Kertesz doit le regarder avec Elisabeth.

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Il la rencontre en 1920 à Budapest. Se rend à Paris, se marie, avec une autre, divorce, revient et repart à Paris avec Elisabeth qu'il épouse en 1931 et qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort en 1977.

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Elisabeth qu'il semble ici protéger, avec bienveillance, alors que ce fut sans doute le contraire. Elisabeth dont la mort fut le drame de ses dernières années. Elisabeth qu'il continua à photographier, à travers un buste de verre.

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Buste qu'il posa sur le rebord de sa fenêtre et qu'il photographia longuement, loin de la rigide altérité des twins towers.

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Kertesz était indépendant, et fidèle. Il n'aimait pas être défini comme surréaliste et sans doute l'épithète ne lui convenait guère. Pourtant, il a incarné  à sa manière très personnelle les trois exigences dont André Breton  ne voulut jamais démériter : l'amour, la poésie et la révolte. Preuve qu'il est possible à toute époque, même les plus rudes, d'exister de manière personnelle, c'est à dire en étant présent à soi, présent à l'autre et présent au monde. Vous pouvez faire l'expérience vous même jusqu'au 6 février 2011 au Jeu de Paume.

01/11/2010

La main dans le sac

La réforme des retraites est donc votée et entrera progressivement en oeuvre. Conseiller social du Président Sarkozy, Raymond Soubie fut un des artisans de cette réforme qu'il tenta, sans grand succès, de vendre aux partenaires sociaux. Le vote intervenu, Raymond Soubie annonce qu'il cesse ses fonctions de conseiller et déclare sur Europe 1 qu'il va redevenir ce qu'il a toujours été : un entrepreneur. Il oublie de souligner qu'il a donné un dernier conseil au Président avant de se retirer : celui de le nommer au Conseil Economique et Social en tant que personnalité qualifiée. Il serait démagogique de souligner que les 3 700 euros d'indemnités viendront utilement compléter le niveau de la retraite de celui qui trouve juste et équitable que ceux qui sont entrés les premiers sur le marché du travail cotisent plus longtemps sans pour autant avoir de droits supplémentaires. Et surtout ce serait faire injure à un entrepreneur aux affaires prospères de considérer qu'il a besoin de cette source de revenu complémentaire.

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Alain Garrigue - La main dans le sac - 1998

En l'occurence, ce qui peut choquer et exaspérer en cette affaire, ce n'est évidemment pas le niveau de revenus de Mr Soubie. C'est la désinvolture persistante de nos dirigeants à ne voir jamais en aucun lieu et en aucune manière de conflits d'intérêts dans les cumuls organisés d'avantages considérés comme des dus. Cette candeur dans l'absence de morale est tellement inscrite dans la culture même de la classe dirigeante qu'elle est étonnée que la question lui soit posée. On ne saurait mieux justifier que chacun n'agisse qu'en fonction de ses intérêts propres, sans souci d'exemplarité ni de cohérence. Le souci de l'intérêt général résiste peu à l'épreuve des faits. La main est dans le sac, et elle compte bien y rester.

29/10/2010

Réappropriation du temps

Le pouvoir rétractile du froid s'est encore vérifié, la chute des températures correspondant à la fonte des cortèges de manifestants. La mobilisation collective touche à sa fin. Tout rentre donc dans l'ordre. Nous travaillerons plus longtemps et nous serons bientôt livrés en essence pour pouvoir le faire.

Que faire pour se prérarer à prendre sa retraite plus vieux ?  passer à l'action individuelle. Faire de la réappropriation du temps, du rythme, de son travail, de sa vie, de sa manière de corporer, un objectif en soi. Ne pas subir. Pour ne pas être contraint par les temps sociaux imposés, il faut créer, ou recréer, un temps personnel habitable. Cela commence tout de suite.

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C'est à la portée de tous, nous sommes en  ce domaine nos pires ennemis. Votre corps et votre esprit vous appartiennent. Il ne tient qu'à vous. Et pour vous entraîner, quelle meilleure période qu'un week-end de trois jours avec une heure de plus volée à la grande horloge du temps. Profitez, vivez l'instant. Par définition, nous avons toute la vie devant nous. Et le meilleur est toujours à venir.

18/10/2010

Pensée non linéaire

Benoît Mandelbrot est mort jeudi 14 octobre 2010. Il est officiellement, depuis 1974, le père des mathématiques fractales. De quoi s'agit-il ? de mathématiques non linéaires qui reposent sur le principe de l'homothétie ou auto-similarité. En d'autres termes, il s'agit d'identifier des objets dont chaque partie a la même forme que le tout. Et Mandelbrot découvre ces objets et leurs propriétés à la fois par la recherche mathématique, mais aussi par l'observation de la nature : les arbres, les fougères, les  alvéoles des poumons, les vaisseaux sanguins, autant d'objets fractals. Esprit curieux, joyeux et ouvert, Mandelbort remarque une fractale dans une peinture japonaise du 19ème siècle, aujourd'hui oeuvre majeure de l'art oriental : la vague, d'Hokusai.

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Hokusai - La Vague - 1831

La fractale apparaît dans l'écume de la vague, motif répété qui reproduit la vague elle-même. Mandelbrot affinera ses recherches pour parvenir à une représentation graphique de ses théories qui ne manque ni de puissance d'évocation ni de poésie.

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Fractale de Mandelbrot

Les fractales, qui illustrent la théorie de la rugosité ou les mathématiques non linéaires, permettent de comprendre des situations ou des phénomènes naturels, qui ne sont pas appréhendés, ou mal, par les théories qui postulent la régularité des séries, moyennes ou évènements. Leur représentation graphique offre une nouvelle image de la nature, de la pensée et de la vie.

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Ensemble de Julia

Mandelbrot aimait la vie, goulument et joyeusement. Il était salarié d'IBM à l'époque de la grande puissance de la firme. Il a réalisé ses découvertes parce qu'il a su sortir du raisonnement disciplinaire et s'est autorisé à faire des relations entre des domaines, des observations, des pensées qui n'ont, a priori, pas de lien entre eux. Il a ouvert largement de nouveaux horizons par un braconnage hors des sentiers battus et une aptitude à la rêverie poétique. Les représentations graphiques des fractales produisent des oeuvres d'art. Mandelbrot présidait tous les ans un concours de représentations graphiques des fractales. En 2009, il termina son discours par ces mots : "Rien n'est plus sérieux que le jeu. Jouons !". Bien éloigné de la vision doloriste de la vie et du travail, un beau programme pour un lundi.

24/09/2010

Citation du jour

Ma maison ce n'est pas les murs,

Ce n'est pas le toit,

Ce n'est pas le sol,

C'est le vide entre les choses parce que c'est là que j'habite

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Xiao-Min FENG - Sans titre - 2008

19/09/2010

Cloisonnement

Dans les différentes polémiques marquant cette rentrée, il y a plus de cohérence que l'on pourrait le penser de prime abord. Quel rapport en effet entre la chasse aux roms, les liens entre la politique et les affaires et la contestation d'oeuvres de Takashi Murakami au château de Versailles ? peut être celui d'une difficulté à poser au bon endroit certaines cloisons et à faire voler en éclat les autres. Au lendemain des journées du patrimoine, revenons sur Versailles et Murakami. Les cris d'orfraie retentissent, les pétitions tournent et  les duettistes réacs Zemmour et Naulleau transpirent pour donner un peu de hauteur à leur indignation : les japoniaiseries de Murakami n'ont définitivement pas leur place à Versailles.

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Trois arguments sont avancés le plus souvent : les oeuvres de Murakami c'est du Manga et pas de l'art, cela pollue donc Versailles et ses artistes, les vrais ; l'art contemporain, il y a des musées pour cela, pas la peine d'encombrer de véritables lieux de culture ; et pour finir Murakami c'est du buzz pour faire monter la côte de l'artiste largement représenté dans la collection Pinault, et Aillagon, directeur du château de Versailles, est un ancien collaborateur de Pinault et poursuit donc des objectifs inavouables.

Aucun de ces trois arguments n'est convaincant. Le problème n'est pas de savoir si Murakami plaît ou ne plaît pas, chacun se fera son opinion, mais de savoir si l'art contemporain et l'art classique peuvent cohabiter ou non ? le second argument créé une hiérarchie des valeurs qui voudrait que l'art classique soit intrinsèquement supérieur à l'art contemporain, réduit à une bouillie infantile pour décadents richissimes. Et l'on retrouve le dernier argument, la collusion et le copinage pour valoriser des artistes et les propriétaires de leurs oeuvres. Sur ce point, on signalera aux protestataires que la polémique née de leur action contribue largement à ce qu'ils dénoncent.

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Deux choses encore. N'est-il pas surprenant que quelques poupées et fleurs mangas puissent empêcher de voir la grande oeuvre versaillaise ? est-elle vraiment solide cette oeuvre grandiose si elle plie sans livrer combat devant le petit cousin hilare du playmobil ? est-elle si fragile la gravité statuaire des bustes pour ne pas résister à ces petits être rieurs et sans prétention, eux ?

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Et surtout, il est amusant de voir les dénonciateurs du communautarisme (Zemmour et consorts sus cités) plaider pour l'isolement et le cloisonnement des arts. La pétition Versailles mon amour énonce qu'il faut une écologie culturelle pour préserver l'art classique. On croirait entendre une oraison funèbre de ceux qui, ayant élevé sans cesse des murs autour d'eux s'aperçoivent un jour qu'ils ne peuvent plus vivre harmonieusement au sein de cette prison personnelle. Le sociologue Eric Maurin a montré en 2004 dans Le Ghetto français comment le séparatisme social structurait profondément la société française. S'il manquait une preuve que le repli communautaire est assez largement répandu, Takashi Murakami nous l'administre et remplit ainsi à la perfection une des fonctions de l'art contemporain : nous  permettre de mieux voir la société dans laquelle nous vivons.

Pour l'an prochain, suggérons au trop sage Aillagon d'aller au bout de ses intentions et de faire trôner le Lonesome Cowboy dans la galerie des glaces. Attendons nous dans ce cas là au pire car l'humour et le second degré sont depuis longtemps passés de mode.

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17/09/2010

Citation du jour

Comment vivre sans inconnu devant soi ?

 

René Char

 

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