02.10.2009

La conne, la négative et la sachante

Rencontre d'une formatrice, échange sur nos pratiques. Jusque-là tout va bien, lorsqu'une marquise rencontre une marquise la logique conduit à des histoires de marquises. Et puis ce credo : "Moi quand je forme, il faut que la conne comprenne, que la négative adhère et que la sachante ne s'ennuie pas". Ai-je bien entendu ? oui. Voici la sainte trinité pédagogique déclamée avec foi et conviction. Fin de la discussion, en matière de Trinité, je préfère Max Ernst.

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Max Ernst - La Vierge corrigeant l'enfant Jésus
devant trois témoins : André Breton, Paul Eluard et le peintre

Peut-on avoir une conception de l'acte de formation plus tournée vers soi et non vers les autres ? comment, et surtout pourquoi, former si l'on part du postulat de la bêtise de certains participants ?  l'animation est ici ramenée au seul objectif de faire admirer le show du formateur. Pour le résultat on repassera. La substitution du théâtre à la formation semble fortement conseillée.
L'acte de former suppose de s'oublier un peu pour se mettre au service d'autrui, de l'objectif à atteindre, de l'autonomisation de l'apprenant. Le temps du formateur central qui diffuse le savoir appartient à un autre temps, n'en déplaise à quelques passéistes nostalgiques des blouses grises, du silence en classe hors la parole du maître, de l'autorité hiérarchique et de l'instruit instruisant les non-instruits. A l'époque du formateur périphérique et des modes d'apprentissages non plus bilatéraux mais multilatéraux (on apprend du travail que l'on fait, individuellement ou collectivement, accompagnés par le formateur), il n'y a vraiment plus de place pour la Trinité pédagogique de la conne, de la négative et de la sachante.

08.09.2009

Tous atypiques !

La formule est récurrente et il ne se passe guère de semaine sans qu'elle me soit répétée : "Vous savez moi, mon parcours est atypique....". Comme tout le monde serait-on tenté de répondre si l'on ne craignait de blesser inutilement. Mais évidemment comme tout le monde. La diversité est telle dans les cycles de vie, parcours professionnels, réorientations, évolutions et reconversions que même l'absence de rupture tant à devenir un atypisme ! Bernard Lahire, en 2004 dans La culture des individus, identifiait déjà les multiples influences qui s'exercent sur l'individu et rendent vaines, et surtout fausses, les analyses globalisantes nécessairement réductrices. Plus le trait est grossier, plus la généralité paraît vraie, voyez l'horoscope. Mais le zoom sur l'individu montre les interstices qui rassemblés composent le chemin individuel, nécessairement singulier.

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Andy Warhol - Self-portrait en camouflage

Andy Wharol annonçait qu'au XXIème siècle tout le monde serait célèbre un quart d'heure. Tous les mêmes donc : non, tous célèbres et pour un quart d'heure seulement. Pour le reste, l'individu demeure irréductible dans sa singularité : la seule loi générale qui vaille en sciences humaines et qu'il convient de se défier des lois trop générales.

21.08.2009

Aller voir ailleurs

Pour le consultant nomade, l'invitation est excitante : "Allez voir ailleurs !". Il ne s'agit pas d'une invitation à passer son chemin mais au contraire à le détourner pour mieux revenir au sujet. Allez voir ailleurs et ramenez nous les meilleures pratiques. Dites nous comment font les autres, repérez les innovations, offrez nous des points de repères et comparaisons, traquez la bonne idée...Merveilleux métier qui s'apparente ici à une chasse au Trésor fabuleuse. L'attractivité du dernier virage est, on le sait, toujours trop forte pour que le curieux y résiste qui tel Alice veut connaître l'autre côté du miroir.

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José Roosevelt  - De l'autre côté du miroir - 2004

La quête est un délice, certes. Mais ensuite ? que faire du trésor ? de retour avec l'Infante de Velazquez et de Picasso, qu'en déduire pour une peinture future ? que simplement reproduire est absurde et qu'il convient de s'approprier et de traduire dans son propre langage.

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Infante de Velazquez / Infante de Picasso

Ce n'est pas la découverte de l'ailleurs qui pose problème, mais d'importer cet ailleurs dans son ici et maintenant. Les organisations ne sont pas les mêmes, leur contexte non plus, leur culture diffère, leurs dirigeants ne managent pas à l'identique, leurs contraintes technologiques sont très éloignées...Bref, ce que fait autrui m'intéresse mais en réalité il n'est rien de transposable. Tout juste, la vision de l'ailleurs peut elle ouvrir mon esprit et me permettre de penser un peu au-delà de mes catégories habituelles. C'est tout ? oui, mais c'est une très bonne et suffisante raison pour continuer d'aller voir ailleurs.

05.06.2009

Dans le rouge

L'entreprise a toujours connu une croissance à deux chiffres, supérieure à celle de son secteur, depuis au moins 10 ans. Il s'agit d'une belle réussite. Elle est sortie récemment du capitalisme totalement familial pour se donner les moyens d'investir. Prévenez David Vincent, les investisseurs sont déjà là ! et cela modifie un peu la donne : l'action a baissé, le dirigeant s'en émeut. Il en est même catastrophé car l'action ne reflète plus la valeur de son entreprise. Je lui dis que toutes les actions ont baissé, mais évidemment l'ennui du voisin ne console pas du sien. Je lui demande comment va l'activité. Il me répond désespéré : on est dans le rouge !

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Yves Laloy - Les petits poissons rouges...les petits pois sont verts - 1960

Ah bon, le déficit a déjà pris la place de la croissance à deux pattes ? que nenni. Le dirigeant est dans le rouge parce que le résultat est moins bon que l'an passé. Le rouge s'est déplacé. Ce n'est pas le rouge du banquier qui s'inquiète du déficit tout en pratiquant des agios qui gonflent son résultat en pénalisant davantage son client, mais le rouge de la vie qui va un peu moins bien. Mais bien quand même. Repasser au vert signifierait faire plus. Et c'est ainsi que le toujours plus conduit à l'expansion du domaine du rouge. Il fut une époque où le rouge figurait les rigolus et le vert les tristus.
RigolusTristus

La sincérité du dirigeant n'est pas en cause : il est véritablement affecté par sa moindre réussite. Sans doute prendra-t-il demain quelques mesures restrictives, alimentant ainsi la spirale dépressive. Si l'on veut recréer une spirale vertueuse, pas de doute il faut réhabiliter le rouge !

15.05.2009

Visite à Freud

Le Musée de l'Hospice de la Comtesse, à Lille, présente jusqu'au 12 juillet une exposition intitulée Hypnos, images et inconscients en Europe (1900-1949). La découverte de l'inconscient, le pouvoir des rêves, la libération de la parole et des gestes, pas seulement en art, la circulation et fécondation des idées à partir de l'Europe centrale, creuset d'innovation et d'imaginaire, et jusqu'à Paris où les surréalistes, notamment, trouveront matière à s'emparer de l'inconscient pour donner corps aux mots d'ordre de Rimbaud "changer la vie" et de Marx "changer le monde" qui pour eux ne faisaient qu'un. Spirites, médiums, peintres, photographes, dessinateurs, écrivains, toutes les oeuvres exposées ont en commun d'avoir été emportées par la vague de la liberté.

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Frantisek Drtikol - La vague - 1926

Pour savoir s'il est possible de travailler avec un client, le test infaillible consiste à partager un repas. Si l'ennui gagne avant le dessert, a fortiori dès la salade aux herbes folles, il vaut mieux passer son chemin. Déjeuner donc avec une cliente à qui je parlai de l'exposition. L'échange était cordial, joyeux même et portait sur l'hypnose. Lorsqu'elle me parla d'états de confiance modifiés, pour états de conscience modifiés, je me dis que nous allions surement faire de belles choses ensemble. Lille est vraiment une ville superbe !

05.05.2009

Sortir du cadre ou sortir de soi

L'exercice est un grand classique chez les consultants. Il fait partie de la gamme des exercices qui marchent quasiment à tous les coups. Le point de départ est simple : 9 points formant un carré qu'il faut relier entre eux par quatre traits continus.

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Casse-tête pour les participants : mais où est le truc ? comment y arriver. Solution :
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Sortir du cadre, s'autoriser est en effet la première conclusion que l'on tire de l'exercice. Donnez-vous le droit à la créativité. En réalité, la démonstration prend sa pleine puissance lorsqu'un participant dit : "Mais on ne savait pas que l'on pouvait déborder !'. Qui vous l'a dit ? jamais telle consigne n'a été donnée. Seulement qu'il fallait faire quatre traits continus. Bonne occasion pour s'interroger sur les limites que l'on se fixe à soi-même. Bien souvent, ce ne sont pas les règles qui constituent les contraintes les plus importantes, mais les codes intériorisés.
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Friedrich Schröder-Sonnenstern - Le poisson enchanté - 1954

Le couple qui est dans le poisson enchanté sait-il qu'il est dans le poisson ? connaît-il la liberté de Jonas qui est à l'extérieur ? imagine-t-il seulement que Jonas peut exister ? voilà quelques questions qui vont au-delà de simplement sortir du cadre. Il faut aussi parfois sortir de soi.

28.04.2009

Les mots pour le dire

Le DRH a longuement préparé la réunion. Le comité d'entreprise s'annonce tendu. Les représentants du personnel pensent qu'un plan de restructuration est en préparation avec réduction d'effectifs à la clé. Le PDG est présent au CE. L'objectif est de démontrer que l'entreprise investit, qu'aucune réduction de voilure ou de périmètre n'est à l'ordre du jour et qu'il n'y a pas matière à s'inquiéter. Le DRH a préparé son powerpoint : les courbes sont ascendantes, des flèches témoignent de la volonté d'aller de l'avant. Il commence son exposé par ces mots : "Je vais vous présenter le tableau de mort des effectifs....euh de bord des effectifs". Inutile de préciser l'inanité de toute explication ultérieure. Cette anecdote m'est revenue en mémoire quand la responsable du projet portant sur la définition des valeurs de l'entreprise a pris la parole pour dire : "Je vais vous présenter la vision de nos valeurs selon les membres du commerce...euh du COMEX".

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Balthus - Passage du commerce Saint-André

Nul doute après cela, que les valeurs fleureraient bon l'humanisme. En matière de communication, un bon lapsus vaut mieux qu'un long discours.
Mais la journée a été longue pour la responsable de projet qui nous a encore gratifié d'un Copul au lieu d'un Copil (pour comité de pilotage) et d'un outil de pilonnage au lieu d'un outil de pilotage. Pas d'hésitation : elle est amoureuse.
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Man Ray - L'observatoire des amoureux - 1934

22.04.2009

RTC

L'entreprise a connu une grève récemment. Pas du fait des délocalisations, l'activité n'est pas délocalisable. Au contraire, elle reçoit du travail de l'étranger. Le sujet était les salaires. Selon le niveau de rémunération, les augmentations proposées allaeint de 3,2 %, à 1,2 % pour les salaires les plus élevés. Pas assez. Ce qui permet de constater que la référence en matière sociale n'est pas ce qui se passe ailleurs : 3,2 % pour les plus bas salaires aurait pu paraître comme un très bon résultat alors que nombre d'entreprises ont des politiques salariales en 2009 comprises entre 0 et 1. Oui mais voilà, ce n'est pas aux salaires des autres que l'on compare le sien, mais aux résultats de l'entreprise, en l'occurence excellents. Dès lors, revient la question de la bonne hauteur du partage.

Mais à l'occasion de ce conflit classique, une autre demande a émergé : l'octroi d'un temps de RTC. Tête du consultant qui connait la RTT ou éventuellement le RC (repos compensateur) mais pas la RTC. Il s'agit de la "Récupération du temps cigarette".

 

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Théophile Gauthier - Le fumeur

La demande visait à rétablir l'équité : les salariés non-fumeurs s'estimaient pénalisés par la tolérance consistant à permettre aux fumeurs de prendre une pause pour s'adonner aux charmes de la fumée. Et eux ? la RTC devait donc leur permettre de bénéficier d'une pause pour "ne pas fumer" et surtout ne pas être moins bien traités que les fumeurs. La conclusion fut évidemment la fin de la tolérance pour les fumeurs et le retour à la règle. Et c'est ainsi que  volutes partent en fumée et que vos luttes partent en fumée (merci Bashung).

21.04.2009

Le rêve

Karel de Stoute, autrement dit Charles le Téméraire, rêvait d'un empire sur lequel le soleil ne se couche pas. Ce rêve, Charles Quint son petit-fils le réalisa. Pierre d'Aragon rêvait d'une terre d'Oc unifiée dans laquelle les Pyrénées ne seraient plus une montagne frontière mais au contraire l'union des plaines qui l'entourent. Tous les deux moururent sur le champ de bataille, orgueilleuse manière de donner corps à la rêverie.

Dans un autre domaine, on se souvient de Claude Bébéar emmenant le top management d'Axa dans le désert du Ténéré en 1986 pour jeter les bases de la croissance de la compagnie d'assurance, devenue une aventure mythique pour les participants.

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André Masson - Je rêve

On peut préférer deux autres exemples fameux. Le serment de Koufra du Maréchal Leclerc qui se promit de faire flotter ses couleurs sur la cathédrale de Strasbourg, et qui le fit après avoir été le premier libérateur de Paris. Et surtout la phrase de Pierre-Georges Latécoère, béarnais de naissance et toulousain d'adoption, qui avant de lancer la construction de ses avions et d'ouvrir les lignes transatlantiques, réunit le personnel de ses usines pour déclarer : 'Les calculs de mes ingénieurs sont formels. Le projet est irréalisable. Il ne nous reste donc plus qu'à le réaliser".
Le rêve est non seulement nécessaire à toute entreprise, mais il est sans aucun doute la condition de base de sa réalisation. Quel est le rêve de votre organisation ? et le vôtre ?
Ah au fait, la devise de Charles le Téméraire était : "Je l'ai entrepris".

07.04.2009

Le bon goût

Si vous vous demandez pourquoi les entreprises ont parfois recours à un consultant, deux exemples peuvent répondre à l'interrogation. Le premier se réfère à une pratique en vigueur dans certaines familles africaines : c'est l'oncle qui prend les décisions pour ses neveux et nièces et non le père ou la mère. Le second est plus visuel. Voyez ci-dessous le tableau de Bernard Lorjou :

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Bernard Lorjou - Fleurs au vase jaune -

Si Lorjou est un peintre remarquable, la nature morte n'emporte pas l'adhésion au premier coup d'oeil. Et puis, approchons le regard :

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Bernard Lorjou - Fleurs au vase jaune - Détail

Le zoom avant sur le tableau le transforme en oeuvre abstraite d'une grande beauté : le mouvement est fulgurant, les couleurs se répondent et s'accordent, l'harmonie est totale. Pas grand chose à voir avec l'oeuvre que saisit le regard éloigné.

Dans le premier exemple, celui qui est trop proche ne peut conseiller car trop impliqué, dans le second exemple celui qui est trop loin risque de ne pas voir le tableau caché dans le tableau. Tout serait donc question de distance : avant de prendre une décision, le regard plus distancié du consultant peut aider...celui de l'expert pour déceler le tableau dans le tableau également. Quant à la question de savoir quand est-ce que l'on sait si on est à la bonne distance, la réponse est assez simple : après avoir pris la décision, c'est à dire trop tard. Comment faire ? en suivant le conseil d'Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont : cultiver le goût, qualité fondamentale qui résume toutes les autres qualités.

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