15.09.2009
Gestion, innovation, subvention
Trois directeurs d'écoles supérieures de commerce viennent de se prononcer récemment sur leur business modèle pour constater qu'il atteignait sa limite. Ces dirigeants d'école de gestion qui forment les managers de demain et ont déjà formé ceux d'aujourd'hui réfléchissent donc à un nouveau modèle, nécessitant plus d'innovation. Et le résultat de leurs cogitations est à peu près identique : que l'Etat leur verse des subventions au nom de l'intérêt général qu'ils servent en formant de bons managers (qui eux même font les bonnes organisations qui font une bonne économie, suivez le fil...) ou bien, chemin à peine détourné, que l'Etat donne des crédits d'impôts aux étudiants pour payer des frais d'inscription plus élevés. L'innovation est plutôt sommaire qui reprend la vieille recette du "privatisons les profits et collectivisons les pertes", mais après tout les banques ont également essayé récemment et cela fonctionne toujours.

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07.09.2009
Faire confiance
Entendu ce matin l'angoisse d'une mère après la fermeture d'un lycée en région parisienne pour cause de grippe : "Les enfants on sait bien que s'ils n'ont personne derrière eux, ils n'apprennent pas. Cette semaine il va lire un peu mais c'est une semaine perdue....". Voici l'école ramenée à ce qu'elle demeure dans bien des esprits : une caserne où l'apprentissage ne s'effectue que sous contrainte. On s'étonnera ensuite que toutes les enquêtes démontrent que les enfants s'ennuient à l'école. La grippe et pourtant l'occasion de faire évoluer le modèle : mise à disposition de ressources, dialogue entre l'élève et l'enseignant, apprentissage par l'expérience, chemin vers l'autonomie...Mais tout ceci n'est possible que si dès le début l'autonomisation est au coeur du projet et des méthodes, sinon en plaçant en situation d'auto-apprentissage quelqu'un qui n'a jamais été confronté à cette situation, vous le conduisez inévitablement à l'échec qui renforcera vos convictions que décidément, on ne peut faire confiance.

12:49 Publié dans PEDAGOGIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grippe, lycée, éducation, alstom, vie privée, management
04.09.2009
Prendre sans attendre
Courte chronique de soir de déplacement, tenant en un principe : l'instruction comme la liberté ne se donne pas, elle se prend. Si vous avez reconnu Jacques Rancière, il s'agit pour vous d'une évidence, et si vous ne l'avez pas reconnu, cela peut ne rien enlever à l'évidence.

00:10 Publié dans PEDAGOGIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rancière, éducation, liberté, pédagogie
03.09.2009
Eloge du mouvement
L'hyperactivité est considérée comme une qualité chez les présidents de la République et comme un défaut, voire une pathologie, chez les enfants. Sans doute faut-il distinguer le bougisme, la trépidation et la trépignation du véritable mouvement, celui dans lequel on peut s'établir et qui nous donne la satisfaction de la beauté du geste. Dans "La Montagne de l'âme", cette phrase de Xao Xingjian : "La vie n'a, à l'origine, aucun but : il suffit d'avancer. C'est tout !". Perdus dans la forêt, les frères du Petit Poucet sont condamnés à périr par immobilisme. La décision d'avancer les sortira d'affaire.

00:05 Publié dans PEDAGOGIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rousseau, pédagogie, éducation, xao xingjian, petit poucet
02.09.2009
Un avenir ouvert
Dans une chronique précédente, j'évoquai le vieux Freud selon lequel tout serait joué dès l'âge de trois ans ! il ne manque guère de biologistes et neurologues pour essayer de démontrer scientifiquement, entendez avec des sciences dures et non de vulgaires sciences humaines, qu'effectivement tout est joué. Le déterminisme biologique a la vie dure. Heureusement quelques voix font entendre une petite musique dissonnante avec ces discours fatalistes. Catherine Vidal est neurobiologiste à l'Institut Pasteur ce qui lui permet de connaître la plasticité du cerveau : "A la naissance, seules 10 % de nos connexions neuronales sont présentes. Le reste va se former ultérieurement en fonction des apprentissages et de l'expérience vécue. Le cerveau évolue tout au long de la vie...L'être humain n'est pas réductible à une machine cérébrale programmée dès le plus jeune âge".

12:08 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : freud, éducation, masson, pédagogie
31.08.2009
Apprendre collectivement
L’Etat consacre plusieurs millions d’euros à la garde individualisée des enfants, mais laisse aux collectivités locales et aux CAF le soin de financer les crèches. En matière éducative, la même logique conduit à affecter des moyens à l’aide individualisée aux élèves plutôt qu’à la réduction des effectifs en classe, qui favoriserait les pédagogies différenciées. Comme en d’autres domaines, l’individualisation demeure le reflexe, le collectif n’ayant vraisemblablement pas bonne presse. Il est vrai que, comme l’illustre le petit neveu de Watteau, le préceptorat peut avoir ses charmes et du charme.

Il pourrait tout de même être fait quelques liens entre des actualités qui paraissent appartenir à des mondes différents. Les partenaires sociaux ont défini, dans l’ANI du 7 janvier 2009, un socle de compétences. Le projet de loi de réforme de la formation professionnelle retient de ce socle de compétences deux compétences clés : apprendre à apprendre et travailler en collectif. L’apprentissage en groupe ne permettrait-il pas de réunir ces deux objectifs et de développer ces deux types de compétences ? si le vieux Freud avait raison, «tout se joue dans les trois premières années », il y a urgence à ouvrir des crèches éducatives !
13:43 Publié dans ACTUALITE DE LA FORMATION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : collectif, apprendre à apprendre, pédagogie, résistance pédagogique, éducation
19.08.2009
Vive l'école moderne !
Il y a tout juste 100 ans, Francisco Ferrer était fusillé, debout et non à genoux comme le voulait l’usage, pour avoir participé à l’insurrection de Barcelone. Ses derniers mots furent : « Vive l’école moderne ».
Inspiré des idées d’Elisée Reclus et de Paul Robin, son projet pédagogique visait à introduire des méthodes actives d’enseignement basées sur la découverte et le lien étroit entre l’enseignement et les activités extérieures. Des écoles furent ouvertes en Espagne, aux Etats-Unis, ou encore en Suisse, à Lausanne où l’école Ferrer affichait le projet suivant : « L’instituteur de l’Ecole Ferrer a pour principe de constamment faire appel à la bonne volonté, à l’énergie, à l’attention, à la recherche, à l’observation même de l’enfant. Nous ne donnons pas de résultats tout faits. Nous ne présentons jamais une science parfaite, mise au point par les devanciers et devant être ingurgitée telle quelle. Nous faisons si possible tout trouver ». C’est qu’il s’agit de ne pas habituer à toujours croire et ne jamais rien savoir, comme le disait Rousseau, et ne pas faire de l’école le lieu d’un seul apprentissage, celui de la docilité.

Rappelons que Man Ray fut élève de l’école moderne de New-York, le Ferrer Social Center. Faut-il faire un lien avec la liberté d’esprit, le jeu, l’envie d’expérimentation et de découverte qui anime toute son œuvre ? En tout cas, le centenaire est l’occasion de constater que le programme de Ferrer reste à mettre en œuvre : « un enseignement concret, pratique, vivant ; la coéducation des sexes ; pas de devoirs à la maison ; ni religion, ni politique dans les leçons, ni morale en préceptes ; ni punitions, ni récompenses ; appel constant à l’énergie propre de l’enfant ; consultation des parents ; collaboration des gens de métier ». Etudiants, lisez Ferrer pendant vos cours magistraux.
10:17 Publié dans PEDAGOGIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francisco ferrer, pédagogie, éducation, man ray
13.04.2009
L'apprentissage de l'autonomie
En 1912, Blaise Cendrars a 25 ans. Il est à New-York. Il est malade, sans le sou. Il marche dans la ville, le jour, la nuit, il marche. Dans sa chambre au terme d'une nuit d'errance il écrit Les Pâques à New-York. Il signe pour la première fois de son nouveau nom : Blaise Cendrars, la braise et la cendre, "Ecrire c'est bruler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres". Au bout du désespoir, Cendrars récuse Dieu et en se nommant s'institue lui-même. L'accès à l'autonomie est douloureux, mais il est un acte de volonté nécessaire : le propre de la condition humaine.

00:05 Publié dans SUJETS LIBRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cendrars, pâques, new-york, education, autonomie, dieu
10.12.2008
DRH, un métier impossible
D’après Freud, il existe trois métiers impossibles : soigner, éduquer, gouverner. Il aurait pu rajouter à la liste :être responsable des ressources humaines, sauf à considérer que cette fonction regroupe en fait les trois métiers précédents.
Quels rapports entre le soin, l’éducation et le pouvoir ? et entre ces métiers et la GRH ? le premier est qu’il s’agit de métiers qui ne sont jamais finis :la guérison, la civilisation, le vivre ensemble sont fondés sur des équilibres fragiles qui doivent en permanence être consolidés. Le second est que le résultat dépend au moins autant d’autrui que de soi-même, l’impossibilité ici prenant la forme de la nécessaire humilité du soignant, de l’éducateur ou du dirigeant qui ne sont jamais aussi assurés que lorsqu’ils connaissent les limites de leur action. Le dernier est peut être que dans ces trois domaines le savoir scientifique est insuffisant et qu’il faut passer par le savoir de l’artiste.

Un métier jamais fini, exercé avec humilité et basé sur des savoirs professionnels auxquels il faut donner une âme, voilà effectivement une définition possible de la gestion des ressources humaines qui nous permet d’exercer ce métier impossible.
Pour ceux qui souhaiteraient avoir une illustration de ce que peut être un métier impossible, il est possible de lire la pièce jointe.
00:55 Publié dans ACTUALITE DES RESSOURCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : freud, métier impossible, drh, magritte, soin, éducation, dirigeant
04.12.2008
Parler ou être parlé
Il est de bon ton de se plaindre de l’excès d’individualisme de notre époque et de la perte des solidarités et repères collectifs. Et si nous souffrions moins d’un excès que d’un manque d’individualisme, ici défini non pas comme le comportement qui fait systématiquement primer l’individu sur le collectif mais comme l’individuation véritable de chacun, c’est-à-dire l’autonomie qui permet à chacun d’être totalement personnel au sens de singulier.
Cette question peut se ramener à une autre : parler ou être parlé. Lorsque j’exprime une pensée ou une émotion que j’ai créé, je parle. Lorsque je répète des émotions, des phrases, des idées sans appropriation et personnalisation, je suis parlé.

Toute l’éducation et la formation ont pour finalité l’autonomie de l’individu, l’accès à sa parole propre. On comprendra aisément la différence entre l’éducation qui conduit les étudiants à être parlés parce qu’il est exigé d’eux une restitution conforme de l’enseignement reçu, et l’éducation qui conduit les étudiants à construire et à exprimer une parole singulière, non pas qu’elle recherche l’originalité pour elle-même mais parce qu’elle procède d’un travail personnel de pensée. Encore un effort d’individualisme pour véritablement parler.
01:13 Publié dans PEDAGOGIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pédagogie, individualisme, parole, autonomie, éducation, formation


