01.10.2009

Centralisation et paupérisation

Le centre Pompidou présente depuis le 23 septembre l'exposition "La subversion des images" ou l'image surréaliste. L'occasion de constater l'extraordinaire créativité qui a résulté des activités collectives des surréalistes et de l'émulation suscitée au-delà même des membres du groupe surréaliste. La diversité, des talents, des parcours, des oeuvres, est la marque de l'exposition mais aussi du surréalisme même qui s'est nourri d'influences croisées, souvent par delà les siècles.

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Man Ray - Explosante-Fixe

La créativité née du collectif et de l'émulation ne peut qu'interpeller à une époque où la recentralisation, le regroupement et l'unification sont à l'ordre du jour. Qu'il s'agisse de la réforme des collectivités territoriales, de la réforme des CRAM et de la création des CARSAT (Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail) dans le cadre de la création des Agences régionales de la santé, de la concentration entre les mains du Préfet de région de compétences relevant jusque-là de l'échelon départemental, de la reprise en main par l'Etat de l'assurance-chômage par la création de Pole Emploi et tout dernièrement de la tentative en cours d'OPA sur le système paritaire de gestion de la formation professionnelle, le mouvement est le même qui vise à concentrer toujours plus les lieux de décision. Le système pyramidal reprend de la vigueur. Or, il a toujours été constaté que l'innovation, la production de savoirs, la création, dépendaient de deux facteurs : la multiplicité des lieux de savoir et la rapidité de la circulation des informations entre eux.
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Les lieux de savoir à travers les siècles

Pas besoin d'avoir lu tout Deleuze pour savoir que le réseau et le rizhome sont les clés de l'innovation. C'est pourtant une toujours plus grande concentration du pouvoir qui nous est proposée, et le management n'échappe pas à la règle. Sans doute, au plan politique, la preuve une nouvelle fois que la République a bien du mal à s'affranchir de la culture de la Royauté. Dans l'entreprise également, la frénétique recherche du leader (entendez sauveur) valide ce modèle. Si l'on veut développer l'intelligence, il s'agit pourtant d'un contre-exemple. Si vous en doutez, l'exposition "La subversion des images" vous attend jusqu'au 11 janvier 2009.

25.08.2009

Le myope voyant

Lucien Clergue présente à Arles, à l’Abbaye de Montmajour dans le cadre des Rencontres de la Photographie, qu’il a fondées il y a 40 ans, des photos de corrida et de nus superposées à des peintures, souvent religieuses. La double exposition du film n’aboutit pas à la fusion des images, comme le ferait l’informatique, mais à une image unique porteuse de ses propres émotions, références et lumières. Une photo est-elle autre chose que de la lumière projetée et le regard du photographe une manière personnelle d’éclairer le monde ?

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Lucien Clergue - La chute des anges

Lucien Clergue est myope. Très myope. Il porte de lourdes et peu esthétiques lunettes. Il y voit donc mal. Voilà pourquoi il nous aide à voir et nous dévoile.

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Jocaste ensorcelée                        La passion de Saint-Martin

L’invitation de Lucien Clergue, au-delà de la promenade esthétique, corporelle et fantasmatique à laquelle il nous convie avec ses photos en devient plus profonde : utiliser nos limites pour bousculer nos limites, faire de nos handicaps des atouts ou encore refuser de subir pour mieux s’approprier. Le plaisir, avec Lucien Clergue, est aussi pédagogique.

04.07.2009

Le temps du regard

L'exposition "Une image peut en cacher une autre" se tenait au Grand Palais jusqu'au 6 juillet 2009. On pouvait y observer un manège étrange : les visiteurs scrutaient chaque tableau avec une attention particulière, prenaient le temps de l'observation, traquaient les détails, s'approchaient du tableau pour mieux voir, ou au contraire s'en éloignaient pour déterminer la bonne distance qui allait révéler le mystère de la peinture, de la photographie ou de la sculpture proposées à leur regard. Mais où donc se niche la chouette ? quel rocher figure une tête humaine ? quel paysage est un corps nu de belle endormie ? quel est le double de cet homme au chapeau ? ah oui, un lapin ! Que représentent ces 80 animaux taxidermisés ? le couple de leurs assembleurs.

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Tim Noble / Sue Webster - British Wildlife - 2000

Spectacle inhabituel dans les expositions où la foule est souvent un flot continu qui défile devant les tableaux regardés avec plus ou moins d'attention, voire carrément oubliés comme la belle ferronière qui ne voit que le profil des visiteurs du Louvre qui cherchent la Joconde. Mais ici, le visiteur était prévenu : il faut regarder, le spectacle est invisible au premier abord, il faut en percer le mystère pour en jouir, le regard quotidien ne saisit que la surface des choses. Reste à ne pas oublier la leçon en sortant de l'exposition.

09.04.2009

De l'intention au naturel

Jean-François Rauzier est un photographe attachant : sensible, délicat, méticuleux, travailleur, talentueux, sa rencontre est un plaisir. Ses photos également, mais elles emportent moins l’adhésion que leur auteur. Beaucoup de détails, de sophistication, de symboles un peu trop évidents et convenus, de présences trop présentes et quelques fautes de goût. Et lorsque l’on apprend qu’il illustre les publicités d’une marque de Cognac, il n’y a pas vraiment de surprise. La composition ne parvient à échapper à l’artificiel.

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Jean-François Rauzier - La cité Idéale

La cité idéale, inspirée de Pierro Della Francesca, ne nous parle guère. Par opposition, les photos de Guy Tillim sur l’Afrique, découvertes la veille, montrent une Afrique désolée, pleine de vie et de révolte, de misère et d’humanité, de tendresse et de douleur. Et la fin de siècle est plus sobrement, simplement et efficacement illustrée.

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Guy Tillim - Grand Hôtel Beira - Mozambique

La confrontation des deux œuvres permet de constater que la sincérité de l’auteur ne suffit pas plus que sa technique. La volonté de bien faire n’y peut rien non plus. Il faut viser juste et savoir s’oublier, oublier sa technique, oublier son projet au profit du sujet. Dans le domaine des ressources humaines, l’action est d’autant plus belle et efficace que la technicité ne paraît pas, l’effort et la sophistication ont disparu, la simplicité s’impose et voile l’auteur même de l’action au profit de celle, ou de celui, à qui elle est destinée. Supprimer l’intention trop visible pour faire surgir un naturel, ce pourrait être la définition de la compétence.