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10/08/2015

De l'énergie et pas qu'à revendre

Quel que soit l'intérêt et le charme de toutes les villes américaines, pas une ne dégage l'excitation, l'énergie, les vibrations, de New-York. Nougaro l'a chanté à sa manière, mais ici pas de doute, ça pulse. 

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A tous les étages, et à tous les coins de rue. 

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Evidemment, la chauve-souris de Gotham City s'y met aussi. La moindre des choses. 

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Bien sur, le trop plein d'énergie conduit souvent au n'importe quoi. 

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Mais la ville de l'image, du mouvement, et donc du cinéma, sait aussi se faire littéraire et vous plonger à tout moment dans un roman de James Ellroy. Des grandes envolées aux bas-fonds, le désir de tout trace souvent une ligne droite. Ici, c'est direct, c'est pas du Ronsard, c'est de l'amerloque. 

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13/05/2014

Postcards from NY

Allez, encore un petit peu, comme ça, juste pour le plaisir, avec tous les clichés auxquels vous pensiez avoir échappé, style la skyline en plein jour et le vieux brooklyn bridge à qui on ravale encore le fondement. 

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Et la presque bientôt terminée One World Trade Center, plantée au dessus des deux trous béants du mémorial du 09/11. 

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Tout autour des bassins noirs, les noms des pompiers ensevelis dans le brasier de l'effondrement des twins.

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La grande tour bleue et ses fantômes par millier ne fait pas d'ombre au Flat Iron. 

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Dans la Grande Pomme, tout est great, pas toujours de bon goût, mais toujours great. 

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Alors on ne s'étonne pas de voir l'homme araignée jouer à saute mouton par dessus les blocs colorés de la ville downtown. Il y a quelques années sur ce panneau une publicité disait : "Ce sont des hommes en jeans qui ont bâti ce pays". 

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Et ce sont les mêmes qui mettent des drapeaux partout, même sur le cheval de fer qui traverse le pont de Manhattan en faisant trembler tous les boulons et toute la ferraille dans un bruit de fin du monde. Mais comme dirait Cendrars, le train retombe toujours sur ses roues, le train retombe toujours sur toutes ses roues. 

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Central Park c'est une autre planète, la lisière de la ville du Nord, froide, hautaine, un peu absente à elle-même. Vous prenez juste le temps de regarder le ciel et puis vous redescendez : downtown !

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Parce que la vie elle est là, près des docks, des friches qui s'effacent peu à peu, des traces du 19ème siècle qui s'accrochent à leurs histoires et qui se foutent bien des tours de carbone et de verre qui vont venir fêter leur défaite. 

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Car ici le passé n'est pas une nostalgie, c'est juste un moment vers le futur, comme l'averse est une promesse de soleil. Sade, qui n'a jamais quitté la vieille Europe, a pourtant forgé ce qui pourrait être la devise de la ville : "Le passé radieux a fait de brillantes promesses à l'avenir : il les tiendra".

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Et s'il ne les tient pas, spiderman viendra lui péter la gueule, à condition qu'il ne se prenne pas le poteau. 

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08/05/2014

Fashion victim

Il est à croire que toutes les photos de mode sont faites à New-York (sauf s'il y a plus de revues que je ne peux l'imaginer). Pas de jour sans tomber sur une séance de shooting, et inévitablement, en de multiples ricochets, les amatrices, aspirantes, prétendantes, impétrantes et futures covergirls s'essayent à la pose. 

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On en viendrait à croire que le mariage n'est qu'un prétexte...

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...quant aux professionnels on les repère sans problème, eux ils ne s'amusent jamais...

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...et les hommes ne sont pas en reste...

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...pour les femmes, le mystère demeure : un seul et même modèle fait-il fureur en ce mois de mai ou bien les canons de la beauté sont-ils aussi figés que les mâchoires des belles ? 

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...et puisqu'il s'agit d'attirer l'oeil, autant faire direct...

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...la photo étant par définition un plaisir de voyeur, il ne faut pas négliger, au milieu des corps exposés, le charme des beautés cachées...

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...reste un mystère, quelle est donc la nature du plaisir que prennent ces jeunes gens à se faire photographier. Franchement, on a pas idée...

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07/05/2014

Périphéries

 En France, les penseurs des années 60 ont mauvaise presse : Deleuze, Foucault, Barthes, Lacan...sont renvoyés au rayon des intellectuels verbeux déconnectés, presque par définition, de ce que serait la réalité. Les rhizomes de Deleuze et Guattari ont pourtant gagné en actualité. Ils renversent la vision hiérarchique et postulent que l'organisation rhizomique n'a pas de centre, chaque élément ayant son influence propre sur les autres de manière non subordonnée. Une belle manière d'appréhender la ville.

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Car aux Etats-Unis, la French Theory fait toujours recette. Et si le dernier livre de Thomas Piketty est en tête des ventes des livres économiques, les frenchys des années soixante ont toujours un lectorat. Peut être dans ce quartier de Bushwick, à l'écart de l'énergisante Manhattan et à l'abri de la gentrification de Brooklyn (message personnel : Alain, dans quelques mois ton ancien atelier sera un Hôtel 5 étoiles).

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Dans ces espaces périphériques, les immeubles bas et les larges avenues accueillent la lumière à bras ouverts et sont un appel à la couleur. Et l'on peut constater que c'est dans les périphéries que la normalisation de l'habitat a pris sa source avant de gagner irrémédiablement les centres villes qui bientôt n'en seront plus. 

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Comme ailleurs, la religion et la consommation sont les deux piliers de la société et leurs temples saturent l'espace. 

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Dans les périphéries, il arrive que le temps soit plus long. Que l'attente se fasse plus présente. Sans autre but qu'elle même. Aujourd'hui, demain et pour les siècles...vous connaissez la formule. 

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Devant chaque maison, chaque fenêtre, chaque carrefour, chaque immeuble coincé entre un expressway et un centre commercial, une voie de métro aérien et des friches qui attendent le promoteur, devant chaque lieu où quelqu'un rentre chez lui le soir, se pose la question : comment vit-on ici ? de quoi est faite la vie en ces lieux ? et l'on voudrait vivre à tout endroit à tout instant pour expérimenter sans fin, pour aller encore un peu plus loin. 

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Chaque panneau de location est une invitation à la disparition. 

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Dans les périphéries, comme dans les centres, l'entre-soi est de mise. Répartis par nationalité, par classe sociale, par idiome ou par origine, les groupes humains se rassurent par la grégarité. Car le groupe vous offre en sécurité ce qu'il vous demande d'abandonner en liberté. 

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Alors on peut choisir de faire de sa vie un long tunnel balisé dans lequel il n'est que peu de place au questionnement. Et le pire, si l'on peut dire, c'est qu'il n'est pas exclu que le tunnel soit rose. 

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06/05/2014

Contemporain

L'art contemporain mérite parfois les procès qu'on lui fait, lorsque le discours et le concept tentent vainement de combler la pauvreté de l'oeuvre ou quand la prétention et l'absence d'humour sapent irrémédiablement toute signification. Mais tout ceci n'empêche qu'il faut y retourner, ne serait-ce que parce que c'est un moyen d'être dérangé, de penser contre soi-même. 

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S'ouvrir à des expériences nouvelles c'est l'attention de cette petite fille dont le regard embrasse la toile pendant que sa maman met des mots sur des motifs.

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Et que peuvent penser les deux amies de cette femme, cette autre, au regard fixe qui les fixe et les trouble, peut être malgré elles. 

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Mais il n'y avait pas que des filles pour la biennale du Whitney Museum, au contraire, l'ambiance était très gay. 

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L'essentiel lorsque l'on sort d'un musée est de savoir si l'art y est resté enfermé où s'il est sorti avec nous. La réponse à la question est dans ce qui se présente à notre regard. 

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Car tel est, pour ceux que le non sens effraieraient, le sens de l'art, changer la vue pour changer la vie. 

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04/05/2014

Décor des corps

L'énergie repose, elle galvanise et les corps reviennent dans le décor. Des pulsations parcourent la ville, à tous les rythmes et sur tous les tempos. Il ne faut donc pas s'étonner de voir les corps s'animer. 

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...et quand risque de surgir l'ennui, alors on danse...

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...et le corps assoupli est mieux disposé à l'abandon que réclame la lecture...

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...dans laquelle on peut être tout entier absorbé...

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...car la ville des migrants, de la finance, du commerce, du nouveau départ, des faiseurs de monde, des faiseurs de rêve, de la puissante frénésie, de la confiante agitation, de l'idée perpétuelle et du désir de faire, est aussi, évidemment, une ville littéraire...

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...qui peut vous transporter à l'instant dans un film de Woody Allen...

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...ou plus avant dans le temps, lorsque dans les docks coulait le sang de la vie de la ville...

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...aujourd'hui, l'énergie est toujours là mais elle est plus douce...

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...plus libérée également, moins de prohibition et moins d'inhibitions...

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...c'est pourquoi les corps sont plus souples, moins agressifs, plus sensuels...

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...et si le corps ne répond pas, ou plus, reste la voix, The Voice...

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...car New-York c'est encore, et toujours, définitivement, la ville des Sirènes !

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03/05/2014

C'est reparti !

Mais qu'est-ce qu'il se passe ? il n'y a plus de chroniques sur ce blog ? il dort maintenant la nuit le consultant ? il faudrait lui rappeler qu'il se passe des choses en ce moment et qu'il faudrait peut être pas abuser des ponts, des week-ends et des congés ? 

Ok, Ok, c'est reparti.....mais du côté de chez Hopper. 

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C'est le printemps, le retour de la couleur...

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...de la plongée dans les douceurs des après-midi rougeoyantes, de la vie partout et des mystères de la foule et de la tentation d'y disparaître...

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...le temps de la déambulation, des portes ouvertes, des départs et des belles occasions...

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....le temps d'être à l'aise avec soi-même, et donc avec les autres...

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...le temps de se souvenir qu'à regarder droit devant on en oublie ce que l'on a autour de soi...

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....le temps de retrouver le monde ancien, celui des livres et des affinités électives, choisir avec qui on a envie de dialoguer...

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...et puis se mettre en route, encore, toujours...

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...se repasser sans fin la scène de fin, c'est dans les rues qu'on s'embrasse le mieux...

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...les nuits sont chaudes comme les lumières de la ville, et on a toute la nuit. C'est reparti...

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12/09/2011

N'évacuez pas, travaillez !

Dans le flot d'images et de commentaires consacrés au 11 septembre, deux témoignages. Le premier, d'un salarié d'une société financière qui travaillait dans la Tour Sud. Le premier avion d'American Airlines vient de s'écraser sur la Tour Nord. Les personnels commencent à évacuer la Tour Sud effrayés par le choc et l'incendie. Mais rapidement la consigne arrive : restez à vos postes de travail, nous ne sommes pas concernés, le problème concerne la Tour Nord. Hésitation et puis l'ouverture des bourses dans cinq minutes, on s'installe et on travaille. Des centaines de personnes seront victimes de cette consigne.

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Site du World Trade Center - Juillet 2011

L'emprisonnement dans le routinier, l'incapacité à penser l'évènement qui survient sans avoir été imaginé, la paupérisation de l'imagination même par l'enfermement dans les codes du  quotidien. Une vision unilatérale et simpliste du monde qui participe à la destruction et dont on peut se demander si elle n'en est pas une des causes. A cet effet, la thèse des bons et des méchants, du diable et des héros permettra d'éluder tout questionnement. Et l'on redonnera la parole aux architectes qui construiront plus haut, plus fort, comme avant, en mieux.

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Le second témoignage est celui de William Langewiesche, journaliste à Vanity Fair. Un des rares journalistes a avoir eu accès au site de Ground Zero. Il était interrogé par Faustine Vincent :

Vous écrivez que la catastrophe a fait voler en éclat les hiérarchies sociales. En quoi?
C’était un chaos à la fois physique, politique, technique et social. Face à l’urgence, les hiérarchies sociales n’importaient plus, tout le monde se foutait de qui était le patron. Les gens avaient pris le pouvoir par la pratique: les petits ingénieurs, les ouvriers, les pompiers, les policiers... Pour eux c’était une vaste libération personnelle. Comme en temps de guerre, parce qu’il n’y avait plus les mêmes règles.

Vous avez dit avoir découvert la «quintessence américaine» à travers vos reportages à Ground Zero. Quelle est-elle?
Le manque de hiérarchie et la liberté de laisser les gens avoir de la puissance selon leurs capacités et non leurs diplômes. C’est l’ancien idéal des Etats-Unis. Le «self made man», en quelque sorte. Je crois que si le World Trade Center était en France, on n’aurait pas vu ça. Parce que la France étouffe sous la hiérarchie des diplômes.

Pourquoi «l’ancien idéal» des Etats-Unis? Ce n’est plus le cas?
Ça existe toujours un peu dans les affaires, dans la Silicon Valley, mais sinon, de moins en moins. Le pays et la société vieillissent, et quand les structures sont en place, elles deviennent dominantes.

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Les avions continuent à passer au-dessus de Manhattan. Est-ce le signe que l'Amérique est plus forte parce qu'elle sait ce qu'est la peur et que l'on est plus fort lorsque l'on en a fait l'expérience ? ou bien est-ce que la routine, et ses réflexes mortifères, ont repris le dessus et que le 11 septembre est devenu un fantasme, un acte d'emblée déréalisé ?

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Ciel bleu sur Wall Street, immeubles noirs et puissants, drapeau haut en couleur, nul ne sait ce jour si l'Amérique est vieillissante ou si elle sera capable demain, s'il le faut, d'évacuer et donc d'agir, plutôt que de continuer à travailler, en spectateur de la mort qui vient.

08/09/2011

Oublier le temps

Invariablement, tous les matins, tous les soirs, ils somnolent sous les arbres, assis devant les tables de béton. Si vous passez le matin, vous les trouverez déjà installés quelle que soit l'heure de votre passage. Ont-ils dormi là ? tombent-ils des arbres ? poussent-ils sur les bancs de pierre ? les joueurs d'échecs du Washington Square ne peuvent  être vus autrement qu'assis, comme s'ils n'arrivaient et ne partaient jamais. Leur immuabilité s'associe à la tranquillité du parc que le bruit de la ville ne pénètre guère.

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Mais à New-York, le rythme n'est jamais absent. Si vous prenez place, la torpeur du regard s'efface, les corps se tendent, l'air en un instant est saturé de concentration intense et jouissive. C'est alors que sortent les pendules. Trente minutes la partie, quinze minutes par joueur pour une cinquantaine de coups en moyenne. Le petit gros apathique et mal fagoté ? il vient de jouer 40 coups en 4 minutes, soit un toute les six secondes. Après ce victorieux effort, il s'abandonne à la léthargie. Sa rêverie ne va pas jusqu'à lui laisser imaginer qu'il est des endroits de la planète où la performance se mesure à la durée de temps passée.

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Aussi stupide que si l'on saluait la performance d'être resté dix heures sur le banc. Aussi stupide que si l'on imaginait que la partie en quatre minutes peut être répétée 15 fois par heure, sept heures par jour. Le temps est une obsession qui gagnerait à perdre de son omniprésence au profit d'une véritable gestion du travail, c'est à dire du résultat et des conditions de sa production. Mais pour penser à cela, il faudrait avoir le temps, comme celui que prenne les joueurs d'échec du Washington Square entre deux parties.

31/07/2011

Toute occasion est bonne

Toute occasion est bonne...pour apprendre. Si DSK avait lu cette publicité sur les murs de New-York, il se serait peut être évité quelques désagréments. On est jamais trop attentif à son environnement. Gare à qui ne voit plus ce qui l'entoure.

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14/05/2011

Chronique de week-end : l'énigme de la rue des songes

Il y a plus de 6 000 ans. Vous descendez le Nil. La couleur des corps s’éclaircit au fil de votre voyage. Les princesses nubiennes s’évanouissent et prennent, sous l’habile main des scribes, les traits de Cléopâtre, puis ceux d’une statue grecque, d’une patricienne romaine et d’une reine de France. Le vertige vous saisit, comme la main turque qui vous traîne vers l’empire Ottoman déployant ses fastes masculins devant vos yeux qui ne peuvent se défaire de l’ambigüité du spectacle. Cette vision vous dérange.

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Eddy Saint-Martin - La rue des songes

Vous partez en Afrique sous le grand soleil noir. Les tambours vous enivrent. Vous êtes poussé dans un bateau, le voyage est sans fin. Vous croisez des animaux marins d’un autre temps, votre esprit ne désire qu’une chose : fuir, que tout cela s’arrête, le sommeil ou mieux encore la mort. Mais non, bien au contraire, la vie vous porte, la vie vous tient. Vous êtes esclave aux Antilles. Votre seul secours ce sont les esprits nègres, vous invoquez le grand masque, vous y croyez tellement, avec une telle énergie, que le grand masque apparaît et vous libère. Vous courez. L’Amérique est à vous, tout à faire, tout à conquérir, New-York vous attend. Tout est possible. Les rues s'offrent à votre désir. La liberté, le sexe, l’amour, le grand jaillissement de la vie. Vous n’en revenez pas, votre plaisir est à son comble, vous poussez un cri, qui vous réveille. Vous venez d'emprunter la rue des songes.

09/04/2011

Chronique de week-end : l'énigme du passeur chinois

Pour cette chronique de week-end, détours par la Chine et New-York. Xiao-Se est un peintre chinois né en 1970 à Pékin. Il est une des figures de l'art contemporain  chinois et ses oeuvres sont présentées en Occident essentiellement par la Galerie Eli Klein à New-York. Xiao-Se est un passeur. Aux jeunes générations chinoises il peut témoigner du chemin de la Chine vers l'ouverture, entamée au moment de sa naissance. Aux peintres, il offre une synthèse entre l'art traditionnel chinois, la contemporéanité et la peinture occidentale classique et moderne. Réaliser une telle synthèse est prendre le risque de l'artificiel, de l'effet patchwork, du plus petit dénominateur commun. Xiao-Se échappe à ces facilités en prenant appui sur l'humour qui, et ce n'est pas paradoxal, permet de gagner en profondeur tout en allégeant le propos. Exemple.

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Xiao-Se - Sans titre - 2010

Voici qui pourrait illustrer la Grande Marche et les Cent Fleurs. La technologie s'envole, mais la Chine suit son chemin. Les contrastes sont prononcés : des fleurs en milieu aride, une pièce aux allures de geôle grisâtre et triste mais au ciel ouvert, des enfants et un vieillard bienveillant, tout ceci nous rappelle étrangement la peinture de Ghirlandaïo. Dans ce ciel immobile et cette pièce sans âge, tout est pourtant mouvement : l'avion, l'enfant, les fleurs et la vie à travers l'envie de ces enfants pressés de voir le monde qui s'offre à eux. La Chine vous fait peur, comme le titrait un hebdomadaire récemment ? c'est possible si les contradictions vous terrifient, si la marche vous insupporte et si le mouvement vosu perturbe. Ou si vous pensez inconciliables mouvement et immobilité, éternité et instant présent, méditation et jubilation, ascèse et luxuriance. Ou si vous croyez à la fable du choc des civilisations. Mais si tout cela vous parait naturel, évident, disponible, offert, présent, alors le détour par les tableaux de Xiao-Se sera un chemin de sourire, de plaisir et de connaissance.

05/03/2011

Chronique du week-end : l'énigme des women

Pour cette chronique de week-end ensoleillé, un triangle d'or : la Hollande, l'Espagne, New-York.

Car Willem de Kooning est un New-yorkais de Hollande, convaincu que les femmes sont des paysages et se souvenant corporellement que l'Espagne, comme la mer du Nord, s'est répandue dans les terres basses qui furent son premier horizon.

Les Women de Willem De Kooning sont des Vénus, directement issues de la Vénus de Lespugue et de toutes les Vénus ultérieures, mais qui n'aurait pas été taillée dans l'ivoire, plutôt pétrie dans la glaise, dans l'argile, dans la terre primordiale gorgée de mer originelle. Si Courbet dévoilà l'origine du monde, De Kooning nous offre à la fois l'origine et l'avenir. La toile inondée de couleurs, de gestes et d'eau livre une figure dont la rapidité d'exécution ne doit pas tromper sur l'immémoriale élaboration. Réminiscence : dans les plats pays, sur les étendues d'eau, les nuages sont longs à se former mais défilent rapidement car rien ne saurait obstruer l'horizon. Le vent est maître des lieux, que l'on honore en couvrant le paysage de moulins. Le vent, le mouvement, le passage rapide du temps, et l''éternel retour de tout ceci habitent les vénus de De Kooning.

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Willem De Kooning - Woman I - 1950-1952

Solidement installée dans l'herbe grasse des Polders, les pieds dans la mer, telle une momie irriguée de vie et d'énergie, la Woman I révèle brutalement que donner la vie c'est également donner la mort et que l'opposition entre femme-vie-mère et homme-mort-guerrier est un défaut d'imagination, une paresse de l'esprit. Comme le dit Sollers : "Le monde appartient aux femmes. C'est à dire à la mort. Là dessus tout le monde ment". Pas De Kooning dont les doux yeux bleus ont une sauvage lucidité. Imaginez un instant le corps à corps avec la toile qui rendit possible cette Woman. Fermez les yeux et vous verrez la raison des bourgeois commerçants du Nord s'accoupler violemment avec la pasionaria espagnole. Les hollandais et les espagnols furent des marins. Les plus belles villes de ces pays sont des ports. Ici, il faut se souvenir que c'est à  New-York que sont apparues les Women. L'eau venue de toujours et qui s'en ira partout.

06/11/2010

Passage

Intermède dans ce week-end pluvieux pour retrouver l'été indien un temps disparu.

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L'ardeur de l'été fut confiée à des oiseaux muets

 

02/11/2010

Fidélité indépendante

Pendant 70 ans, André Kertesz a pris des photos, ne s'interrompant que peu de temps avant sa mort, à 90 ans en 1985. Kertesz, juif hongrois, a traversé le siècle. Cette exceptionnelle longévité a fait de lui le référent des plus grands photographes du XXème siècle : Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, et bien d'autres. Cartier-Bresson dira à Capa : "Quoi que nous ayons fait, Kertesz l'avait fait avant". L'exceptionnel avec Kertesz est qu'il n'est pas catégorisable : portraits, scènes de rues, architectures urbaines, fragments de villes, cheminées parisiennes et new-yorkaise, célébrités, anonymes, images recadrées, corps déformés, esthétisme aux lignes épurées,...Kertesz aura passé sa vie à donner une phénomènale unité à des genres différents.

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De manière étonnante, en se tenant à distance du monde et des villes, en photographiant des ombres, des reflets, en ne jouant pas de proximité avec les gens qu'il photographie, Kertesz fait preuve d'une poésie humaniste rare.

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Le nuage solitaire qui se heurte aux gratte-ciels new-yorkais rend une humanité bouleversante. Comme ce bateau qui emporte tous les souvenirs de toutes les enfances de tous les adultes du monde.

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N'ayant jamais voulu transiger avec ses commanditaires ni trahir son regard, Kertesz connaîtra l'échec commercial et ne sera reconnu que très tardivement. Timide, mélancolique, introverti, Kertesz fait mais ne parle ni ne montre. Pudeur. Mais qui veut voir Kertesz doit le regarder avec Elisabeth.

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Il la rencontre en 1920 à Budapest. Se rend à Paris, se marie, avec une autre, divorce, revient et repart à Paris avec Elisabeth qu'il épouse en 1931 et qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort en 1977.

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Elisabeth qu'il semble ici protéger, avec bienveillance, alors que ce fut sans doute le contraire. Elisabeth dont la mort fut le drame de ses dernières années. Elisabeth qu'il continua à photographier, à travers un buste de verre.

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Buste qu'il posa sur le rebord de sa fenêtre et qu'il photographia longuement, loin de la rigide altérité des twins towers.

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Kertesz était indépendant, et fidèle. Il n'aimait pas être défini comme surréaliste et sans doute l'épithète ne lui convenait guère. Pourtant, il a incarné  à sa manière très personnelle les trois exigences dont André Breton  ne voulut jamais démériter : l'amour, la poésie et la révolte. Preuve qu'il est possible à toute époque, même les plus rudes, d'exister de manière personnelle, c'est à dire en étant présent à soi, présent à l'autre et présent au monde. Vous pouvez faire l'expérience vous même jusqu'au 6 février 2011 au Jeu de Paume.

07/09/2010

Force tranquille

Basquiat encore. Dans le cadre de l'exposition à Bale est présenté un film où l'on voit Basquiat peindre. Surprise : les gestes ne sont pas frénétiques, le bras est sûr, la main n'hésite pas, elle prend son temps. Les mouvements les plus rapides sont exécutés lentement, dans une apparente décontraction, avec la facilité de celui qui n'a pas besoin du plan de ville pour trouver son chemin. Comme Picasso, Basquiat ne cherche pas, il trouve, à son rythme. Tout ceci avait lieu au début des années 80 à New-York. On ne peut s'empêcher de penser qu'au même moment la force tranquille en France était incarnée par Mitterrand dans un paysage de terroir, de clocher, de province, de notable et d'enracinement un peu étriqué. Mais cela avait rassuré, c'était fait pour. Près de trente ans plus tard, avec Sarkozy, rien n'a changé : la seule forme de modernité dans la référence est que le paysage ressemble à un  fonds d'écran windows. C'est peu.

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Pourtant, la véritable force tranquille, elle n'est pas dans ces paysages datés et passéistes. Elle s'incarne dans un mouvement multiculturel, polyphonique et polyglotte. Elle s'incarne dans New-York. Comme disait Michel Serres, contrairement à ce qu'ils pensent, nos gouvernants ont toujours un temps de retard sur le peuple.

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11/05/2010

Dématérialiser

La dématérialisation est un objectif pour les organisations, administration comprise. Mais elle se résume, ou se réduit, souvent à un "zéro papier" qui ne fait que modifier les supports sans changer véritablement les processus et surtout le rapport que l'on a avec eux. Si l'on veut faire le test d'une expérience radicale de dématérialisation, il faut se rendre au Musée Guggenheim de New-York.

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Musée Guggenheim - New-York

Toni Seghal présente une exposition dématérialisée : le musée a été vidé de tous ses objets, les murs sont vides. Les visiteurs peuvent habiter l'espace et laisser courir regard et imaginaire. Et pour ceux qui sont disponibles, ils verront un couple à terre qui s'embrasse. Passionnément. Les couples changent toutes les trois heures. C'est la première oeuvre, ici photographiée malgré l'interdiction de l'artiste de reproduire ses oeuvres.
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Tino Seghal - Kiss - Photo Holland Cotter

Mais il est des visiteurs qui ne font pas le lien avec une oeuvre ou ne voient pas. Ils ne voient peut être pas non plus la petite fille qui demande aux plus attentifs de l'accompagner. Qui accepte de se laisser guider s'entend demander : "Et toi, quelle est ta définition du progrès ?". Et la conversation s'engage. La petite fille cède ensuite la place à un adolescent qui poursuit la conversation sur le même sujet, puis un jeune homme, puis un vieux monsieur. Tous échangent avec les visiteurs. Quelle est la part de conversation, la part de script ? impossible de répondre à cette question, mais ceux qui ont vécu l'expérience ont à la fois eu l'impression d'une introspection, d'une conversation philosophique et d'un échange avec des amis très proches. Cette seconde oeuvre s'intitule "Qu'est-ce que le progrès ?". Je n'ai pas vécu l'exposition de Tino Sehgal mais elle m'a rappelé que, dans les jardins de la Fondation Giannada à Martigny, une dame inconnue m'a abordé pour me déclarer : "Monsieur, et Madame, je ne vous connais pas mais le baiser que vous venez d'échanger m'a plus émue que le baiser de Rodin exposé à l'entrée".
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Affiche de l'exposition Rodin Erotique - Fondation Giannada

Dématérialiser, pour Tino Sehgal, c'est redonner la place à la vie et à l'expérience directe qui transforme, plutôt que de prendre le risque d'étouffer un peu plus les individus sous les objets qui nous envahissent. La dénonciation de la société de consommation, depuis les années soixante, n'aura produit que peu d'effet et il n'est pas certain qu'il faille attendre plus de la publicité faite autour du développement durable qui deviendra bientôt, comme le bio, un nouvel label pour de nouveaux objets. Le mérite de Tino Sehgal est le retour au corps, à l'expérience globale et au final à la vie. Ainsi conçue, la dématérialisation intéresse-t-elle toujours les organisations ?

13/04/2009

L'apprentissage de l'autonomie

En 1912, Blaise Cendrars a 25 ans. Il est à New-York. Il est malade, sans le sou. Il marche dans la ville, le jour, la nuit, il marche. Dans sa chambre au terme d'une nuit d'errance il écrit Les Pâques à New-York. Il signe pour la première fois de son nouveau nom : Blaise Cendrars, la braise et la cendre, "Ecrire c'est bruler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres". Au bout du désespoir, Cendrars récuse Dieu et en se nommant s'institue lui-même. L'accès à l'autonomie est douloureux, mais il est un acte de volonté nécessaire : le propre de la condition humaine.

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Béatrice Nourrissier - La foi me manque
(d'après Les Pâques à New-York)

Il faut sans doute avoir  beaucoup désespéré pour être véritablement optimiste. En cette nuit de 1912, dans sa totale solitude et détresse, Cendrars comprend qu'il ne peut compter que sur lui même et qu'il doit aller à la rencontre de tous les autres. Le chemin même de l'éducation.
En ce jour de Pâques, bonne lecture.