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19/09/2010

Cloisonnement

Dans les différentes polémiques marquant cette rentrée, il y a plus de cohérence que l'on pourrait le penser de prime abord. Quel rapport en effet entre la chasse aux roms, les liens entre la politique et les affaires et la contestation d'oeuvres de Takashi Murakami au château de Versailles ? peut être celui d'une difficulté à poser au bon endroit certaines cloisons et à faire voler en éclat les autres. Au lendemain des journées du patrimoine, revenons sur Versailles et Murakami. Les cris d'orfraie retentissent, les pétitions tournent et  les duettistes réacs Zemmour et Naulleau transpirent pour donner un peu de hauteur à leur indignation : les japoniaiseries de Murakami n'ont définitivement pas leur place à Versailles.

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Trois arguments sont avancés le plus souvent : les oeuvres de Murakami c'est du Manga et pas de l'art, cela pollue donc Versailles et ses artistes, les vrais ; l'art contemporain, il y a des musées pour cela, pas la peine d'encombrer de véritables lieux de culture ; et pour finir Murakami c'est du buzz pour faire monter la côte de l'artiste largement représenté dans la collection Pinault, et Aillagon, directeur du château de Versailles, est un ancien collaborateur de Pinault et poursuit donc des objectifs inavouables.

Aucun de ces trois arguments n'est convaincant. Le problème n'est pas de savoir si Murakami plaît ou ne plaît pas, chacun se fera son opinion, mais de savoir si l'art contemporain et l'art classique peuvent cohabiter ou non ? le second argument créé une hiérarchie des valeurs qui voudrait que l'art classique soit intrinsèquement supérieur à l'art contemporain, réduit à une bouillie infantile pour décadents richissimes. Et l'on retrouve le dernier argument, la collusion et le copinage pour valoriser des artistes et les propriétaires de leurs oeuvres. Sur ce point, on signalera aux protestataires que la polémique née de leur action contribue largement à ce qu'ils dénoncent.

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Deux choses encore. N'est-il pas surprenant que quelques poupées et fleurs mangas puissent empêcher de voir la grande oeuvre versaillaise ? est-elle vraiment solide cette oeuvre grandiose si elle plie sans livrer combat devant le petit cousin hilare du playmobil ? est-elle si fragile la gravité statuaire des bustes pour ne pas résister à ces petits être rieurs et sans prétention, eux ?

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Et surtout, il est amusant de voir les dénonciateurs du communautarisme (Zemmour et consorts sus cités) plaider pour l'isolement et le cloisonnement des arts. La pétition Versailles mon amour énonce qu'il faut une écologie culturelle pour préserver l'art classique. On croirait entendre une oraison funèbre de ceux qui, ayant élevé sans cesse des murs autour d'eux s'aperçoivent un jour qu'ils ne peuvent plus vivre harmonieusement au sein de cette prison personnelle. Le sociologue Eric Maurin a montré en 2004 dans Le Ghetto français comment le séparatisme social structurait profondément la société française. S'il manquait une preuve que le repli communautaire est assez largement répandu, Takashi Murakami nous l'administre et remplit ainsi à la perfection une des fonctions de l'art contemporain : nous  permettre de mieux voir la société dans laquelle nous vivons.

Pour l'an prochain, suggérons au trop sage Aillagon d'aller au bout de ses intentions et de faire trôner le Lonesome Cowboy dans la galerie des glaces. Attendons nous dans ce cas là au pire car l'humour et le second degré sont depuis longtemps passés de mode.

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