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03/06/2017

Quand Thomas Pesquet perd ses compétences

Impressionnantes les images du retour sur terre de Thomas Pesquet, incapable de marcher sans être soutenu, en recherche de repères dans un environnement que son corps ne reconnaît plus. Six mois. Il est parti six mois et en moins de 200 jours, son corps de près de 40 ans a désappris la gravité, la marche, la tenue debout, la verticalité. En six mois, plusieurs dizaines d'années de pratique ont été gommées et vont devoir être retrouvées. Pas en partant de zéro évidemment, mais au prix d'efforts importants tout de même. Et si l'on s'émerveille quotidiennement des capacités d'apprentissage de l'homme, on reste stupéfait devant cette même faculté à désapprendre. Peut-on mieux illustrer que la compétence, comme l'électricité, ne se stocke pas, ou très mal, et fonctionne davantage comme un flux. 

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Etienne-Leopoldo Trouvelot - Photo de l'électricité vers 1880

S'il en fallait encore la preuve, l'expérience de Thomas Pesquet nous rappelle deux fondamentaux en matière de compétence. Le premier est l'adaptation au contexte. La compétence n'a aucune indépendance du contexte dans lequel elle s'exprime. Savoir marcher ne sert à rien en apesanteur, mais doit être réappris avec le retour de la gravité. On en conclura qu'une acquisition de compétences déconnectée du contexte dans lequel elle doit s'exercer a peu de sens. Et que le travail du formateur doit moins porter sur des acquisitions (mythe du sachant déversant son savoir au profit du non sachant) que sur le développement de la capacité à transposer dans un environnement particulier des acquisitions non contextualisées. Le second des fondamentaux est qu'il n'y a pas, ou très peu, d'acquis définitifs en matière de compétence, et qu'il convient, sans cesse, de remettre l'ouvrage sur le métier, comme le sportif, tous les jours, reprend le chemin de l'entraînement, faute de quoi ses compétences ressembleront bien vite à cette marche du pingouin dont nous a gratifié Thomas Pesquet. 

Commentaires

Parfaitement d'accord, la compétence c'est le savoir en action (et la passion le fruit de la compétence), elle n'est pas un stock de connaissances (accumulées dans une certification ou un diplome) mais des allers-retour entre la théorie et la pratique au travail.
Pour la mettre en oeuvre et la développer il faudra bien autre chose que de naïfs dispositifs de comptage : CPF, CPA ou VAE. La formation est plus que jamais une culture et chacun dans l'entreprise doit la valoriser, la mettre en oeuvre, la communiquer.
On en est loin pour l'heure actuelle en France avec une formation professionnelle qui hésite entre la copie de l'école ("de la deuxième chance"), l'unité de soins palliatifs pour chômeurs et la comédie sociale pour syndicats en mal de légitimité et de crédibilité.

Écrit par : cozin | 04/06/2017

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Excellente métaphore :)

Écrit par : isabelle | 05/06/2017

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Bonjour Monsieur Willems,

"le travail du formateur doit moins porter sur des acquisitions (mythe du sachant déversant son savoir au profit du non sachant) que sur le développement de la capacité à transposer dans un environnement particulier des acquisitions non contextualisées." va dans le même sens que le livre entier que consacre Jacques Rancière (le maître ignorant) à ce sujet.

Merci pour vos articles forts instructifs !

Bien à vous.

Écrit par : SAUDO | 12/07/2017

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@SAUDO : merci de votre commentaire, ce blog a très tôt honoré Jaques Rancière : http://willemsconsultants.hautetfort.com/archive/2008/03/18/enseigner-ce-que-l-on-ignore.html

Écrit par : jpw | 13/07/2017

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