Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2013

Sacré Carlos !

L'association RACINE vient d'être placée en liquidation judiciaire, sans que cela n'ait l'air de beaucoup émouvoir la DGEFP, signe que le Ministère du Travail estime que l'association a fait son temps où, ce qui revient au même, qu'il est temps de la rappeler à la raison financière. RACINE est une association dont l'objet est la promotion et la gestion de certains programmes européens pour la formation. Il faudra dorénavant faire sans. Et cela me rappelle, au milieu des années 90, que RACINE, structure d'assistance technique du FSE pour la France, m'avait permis de monter un partenariat entre une association de formation de non ou mal voyants de Toulouse avec des structures homologues en Espagne et au Portugal.

DSCF1695.JPG

A Lisbonne, le directeur de la structure partenaire, Carlos, nous attendait à l'aéroport. Il était aveugle de naissance. Il avait deux adjoints qui n'y voyaient pas plus que lui. Par chance, le chauffeur était un jeune tout à fait voyant. Par malchance, c'était un fou du volant qui conduisait dans Lisbonne comme un pilote de rallye lors de la dernière spéciale. Nous avons ainsi avalé les plus petites rues de Lisbonne, et nous n'étions pas là depuis plus d'une heure que nous avions l'impression de jouer dans un film. Enfin arriva le but, en haut de l'Alfama, la voiture stoppa et Carlos nous demanda de le suivre. Lorsque nous fûmes en position sur le Belvédère, l'aveugle de naissance nous dit : "Vous avez ici, sous vos yeux, la plus belle vue de Lisbonne. J'ai voulu commencer par ça pour que nous ne ratiez pas ce qui est une des plus douces visions du monde".

DSCF1502.JPG

Tous autant que nous étions, somme restés estomaqués par cet aveugle, Carlos,  au yeux définitivement clos qui souriait en nous montrant du bras l'imprenable panorama qui s'offrait à nous. Ensuite, nous sommes allés manger des poissons grillés, toujours face à la mer. Car pour Carlos, il était important de voir tout ce qui lui paraissait important de nous montrer. Après avoir vu la ville blanche depuis les hauteurs  avec le Tage comme ligne d'horizon, notre regard ne pouvait qu'être préparé à distinguer les difficultés avec lesquelles chacun des aveugles ou mal-voyants membres de l'association portugaise qui nous accueillait, tentait de trouver sa place dans la société post-moderne. Tout cela, c'est RACINE qui l'a rendu possible. Dorénavant, c'est véritablement du passé et les occasions de découvrir d'autres Carlos seront plus rares.

04/08/2010

Connaissance plurielle

Dans le palais de Sintra, le premier tableau qui accueille le visiteur est une toile de Joseph Ribera, commencée en 1630 (année de la création de Don Juan par Tirso de Molina) et achevée en 1633 (procès et condamnation de Galilée :"e per, si muove"). Intitulée Le philosophe, elle nous présente un homme plutôt jeune, la sagesse n'est donc pas le produit de l'âge, qui certes maîtrise d'une main le temps qu'il a très certainement dompté en bon philosophe, mais surtout nous présente un document empli de figures géométriques. Que le philosophe s'intéresse à la géométrie et aux mathématiques on le sait depuis l'antiquité mais on a ici la preuve que la pluridisciplinarité pouvait s'afficher. Etre savant  c'est être pluriel : la véritable connaissance n'est ni disciplinaire, ni disciplinée.

DSCF3631.JPG
Joseph Ribera - Le philosophe -1630-1633
Les résidents du Palace national de Sintra, en l'occurence les différents rois du Portugal, étaient eux aussi pluriels si l'on s'en tient à la diversité des influences, maures notamment, dans l'architecture et la décoration du palais. Mais ce pluriel s'exprimait également au niveau des plaisirs et notamment ceux de la table puisque le palais était doté d'une luxueuse cuisine dont les deux immenses cheminées surplombent toujours le Palais, telles deux jarres emplies de riches boissons et nourritures.
DSCF3989.JPG
Les cheminées des cuisines du Palais
Et pour être bien persuadé que tous les plaisirs étaient à la fête, il suffit de détailler la superbe tapisserie qui orne le bureau du roi. Quelle époque de feu !
DSCF3627.JPG

01/08/2010

Politique (1)

Les politiciens ont mauvaise presse, ils y mettent du leur, et la politique également, ce qui est bien regrettable. La politique, c'est la noblesse de l'animal social, la volonté d'assumer une existence qui est aussi collective. En quelques lieux (Fondation Berardo, Forteresse de Péniche, Exposition "Povo, Povo" au Musée de l'électricite de Lisbonne...) s'exprime la nostalgie d'artistes portugais pour la Révolution des oeillets et les quelques mois de liberté, de fraternité et de tous les possibles qui ont suivi. Avant la normalisation et, pléonasme, la consommation, qui conduisit au final le premier ministre du pays à présider la Commission Européenne, bouclant ainsi la boucle puisque l'actuel Traité de l'Union est celui de Lisbonne. Pour autant, le pays et ses artistes semblent chercher leur voie.

DSCF1578.JPG
Il est sain que l'artiste s'extraie du fatras psychologique du roman social et familial pour rechercher ce qui fait sens un peu au-delà du théâtre social. Et à travers la question politique pose également celle d'une politique de l'individu, ce qui non seulement ne s'exclut pas mais au contraire se conforte. Si un exemple vous est nécessaire, relisez la Philosophie dans le boudoir aujourd'hui disponible en version imprimée sur papier Bible.
thumb_sade.jpg
Jacques Hérold - Sade
Jeu de carte des surréalistes - 1941
Lorsque les organisations abordent leurs problèmes de fonctionnement principalement à travers les vécus individuels et les relations interpersonnelles, c'est qu'elles n'ont plus de politique. Si l'on ne traite cette absence de sens, dont les valeurs ne sont souvent que le médiocre cache-sexe, alors on se condamne à traiter les effets mais non la cause. La politique ou l'actualité de Sade.

30/07/2010

Lettres portugaises

Beja est une ville de province qui ferme l'Alentejo et ouvre la route de l'Algarve. Les zones frontières se prêtent admirablement à l'apparition de phénomènes rares, mystérieux, peu crédibles et au final discrédités. C'est ici qu'entre 1667 et 1668, Mariana Alcoforado, religieuse portugaise vivant au couvent de Beja, écrit cinq lettres au Marquis de Chamilly venu guerroyer sur les terres lusitaniennes. L'histoire attribuera ensuite ces lettres à Guilleragues qui, paraît-il, avait de l'esprit et des lettres. Il aurait fallu plus pour écrire ces chefs d'oeuvre dans lesquels on lit notamment : "Je regrette pour l’amour de vous seulement les plaisirs infinis, que vous avez perdus : faut-il que vous n’ayez pas voulu en jouir ? Ah ! si vous les connaissiez, vous trouveriez sans doute qu’ils sont plus sensibles que celui de m’avoir abusée, et vous auriez éprouvé qu’on est beaucoup plus heureux, et qu’on sent quelque chose de bien plus touchant, quand on aime violemment, que lorsqu’on est aimé."

ReligieusePortugaise.gif
Qui trouverait ces lettres trop romantiques, pourrait s'attarder sur cette phrase : "Je me flatte de vous avoir mis en état de n'avoir sans moi que des plaisirs imparfaits". Et si le ton vous paraît trop plaignant, il vous reste cet aveu direct dont bien peu sont capables : "Il est vrai que j'ai eu des plaisirs bien surprenant en vous aimant". Bonne lecture.

11/01/2010

Duas Linhas

"Duas Linhas" est le titre d'un ouvrage réalisé par Pedro Campos Costa et Nuno Louro. Deux compères portugais qui ont tracé deux lignes sur une carte du Portugal. La première le long de la côte, la seconde le long de la frontière avec l'Espagne. Un bord de mer, une zone de collines et de montagnes. Sur ces lignes 59 stations, ou plus exactement 59 points situés exactement à la même latitude, mais avec des longitudes différentes. Les voyageurs parallèles ont systématiquement pris des photos depuis ces 59 points et les ont publiées en vis-à-vis dans un superbe ouvrage auquel une carte routière tient lieu de couverture.

2lines001.jpg
Latitude 40°55'15.26''N FIGUEIRA DE CASTELO RODRIGO

La roche et la terre sèche et poussièreuse des hauts plateaux de l'Est posées sur le même fil de latitude que l'Océan, le sable fin et les nuages lourds de l'Ouest. La limpidité de l'air à l'Est, l'opacité de l'eau à l'Ouest. Le sec et l'humide. Le vert , le jaune et  le bleu des deux côtés, mais pas dans les mêmes tons ni les mêmes intensités. Variété de la gamme chromatique, de la gamme des sensations et des sentiments.
2lines002.jpg

Latitude 40°55'15.26''N MACEDA

Les lignes parallèles ne se rejoignent pas. Par définition. Et le projet ne fait pas exception. Pas de départ commun et nulle retrouvaille à l'arrivée. Simplement le même chemin parcouru, ensemble, en même temps, en parallèle. Tout voyageur connaît ces choix permanents entre tous les chemins possibles. Plutôt la côte ou la montagne ? la frontière terrestre ou la frontière maritime ? les hauts plateaux ou les hautes vagues ?  Lorsque je recrutai des étudiants pour un Master RH, finalement la seule question que je leur posai portait sur les chemins qu'ils avaient empruntés dans leur vie. Pourquoi plutôt l'Est ou l'Ouest ? dans les différentes parallèles qui se sont offertes à eux, pourquoi celle de droite ou de gauche : toutes permettent d'avancer, mais l'aventure n'est pas exacement la même selon la route que l'on choisit. Pour Pedro Campos Costa et Nuno Louro, la ligne verte est celle de la mer, la ligne rouge celle des hauts plateaux. Laquelle auriez-vous prise mais surtout pourquoi ?