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14/10/2015

Entrelacs

Elle n'est pas toute jeune. Il ne l'est pas non plus. "Elle", c'est la  règle  contenue dans l'article 1134 du Code civil (c'est "il"),  promulgué en 1804. Soit le  Code Napoléon. Elle s'exprime comme les règles de l'époque, ou plus exactement selon les formes du 18ème siècle qui vient de s'achever : peu de mots, beaucoup de sens. A peu près l'exact inverse de la manière contemporaine de légiférer. Et elle nous dit ceci : les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Admirable ellipse. Si l'on développe, en perdant au passage la beauté de la phrase : les conventions ne tiennent que parce qu'instituées par la loi, mais lorsqu'elles sont valides, le contrat a force de loi. Magnifique entrelacs des sources du droit. 

Amoureux-du-dernier-âge.jpg

Crédits photographiques : Marrie BOT

Dans le débat actuel sur le Code du travail, il n'est question que d'opposition des sources : la loi est elle meilleure que le contrat ou faut-il donner la priorité à ce dernier ? et si le contrat prévaut, au niveau de la branche ou de l'entreprise ? cette manie hystérique de l'opposition symétrique est une marque de la culture latine  : le bien/le mal - le vrai/le faux - l'intellectuel/l'émotionnel - le littéraire/le matheux - l'idéaliste/le pragmatique - le noir/le blanc - le corps/l'esprit - le col  blanc/le col bleu, etc. Certes, il y eût Héraclite et son harmonie des contraires, sorte de grand-père originel de la dialectique, mais s'il y a mérite à vouloir dépasser les contraires, ce dépassement ne se produisant que par un recyclage permanent des oppositions il vient conforter ce qu'il se propose de rendre caduque. 

Formulons donc un voeu : que tous ceux qui considèrent qu'il est nécessaire de réforme le code du travail, ce qui ne sera sans doute jamais inutile, cessent de mener des débats d'opposition et se concentrent sur la manière la plus intelligente d'articuler les différentes sources de droit, à l'instar de la loi de 1804. Et si l'on est capable de trouver plus belle et plus efficiente formule que celle du Code Napoléon, alors on pourra considérer que la réforme s'impose. A défaut, nous en resterons sur ce sujet, comme sur bien d'autres, au stade de la croyance. 

Commentaires

Le XXI ème siècle, ce sera le XIXème siècle + l'Internet et la globalisation.
Le moindre écart de compétences, de compétitivité, la complexité du droit chez les uns ou les facilités chez les autres entraîneront certains pays dans le gouffre et d'autres dans le développement et la création de richesses.
Le Code du travail était une invention pour accompagner l'industrialisation du pays, aujourd'hui c'est une relique qui plante le pays réel en le tirant vers l’assommoir de Zola (voir le CCE d'Air France la semaine passée).
C'est en rendant leur liberté aux entrepreneurs comme aux travailleurs (pas forcément salariés) qu'on permettra aux Français de conserver un avenir professionnel et social.
La nostalgie n'a aucun prise sur un monde de bientôt 10 milliards d'humains qui cherchent à manger et à vivre le mieux possible.

Écrit par : cozin | 14/10/2015

Le code du travail est à l'image de la photo illustrant l'article, tout est à reprendre!

Écrit par : Alezandro | 14/10/2015

Bonjour,

Le code du travail n'est pas "le" problème...

Et ce pour une raison simple : dans la masse des sources du droit du travail, il ne constitue que la partie émergée de l'iceberg...

Ceux qui trouvent le code du travail "complexe" n'ont manifestement jamais mis le nez ni dans le code général des impôts ni dans le code de l'urbanisme.

Et il est vrai aussi que le droit du travail est le terrain de jeu de prédilection du juriste amateur...Normal qu'il éprouve quelques difficultés à s'y retrouver.

Ce qui, en réalité, s'avère souvent difficile, dans ce domaine comme dans d'autres, réside dans l'application concrète du principe de la hiérarchie des normes.

Il serait bon que certains prennent conscience que ce n'est pas en atomisant encore davantage le droit du travail qu'on le simplifiera, bien au contraire.

D'abord, Le droit du travail, ce n'est pas que le code du travail.

C'est aussi le code civil...

C'est encore et surtout, la quantité invraisemblable d'accords collectifs, de types différents qui doivent s'articuler entre eux selon des modalités complexes en raison en particulier du principe de faveur qui lui même comporte des...exceptions. Et je ne parle pas de la qualité rédactionnelle des textes qui laisse souvent à désirer.

Il est à noter que cette tendance à l'éclatement des sources s'observe aussi dans bien d'autres domaines.

Dans le droit de l'urbanisme par exemple, depuis le mouvement de décentralisation des années 80, on a vu apparaître des actes ayant des champs d'application territoriaux limités (POS,schémas directeurs, PLU et SCOT)aujourd'hui) élaborés par des acteurs locaux.

Or, dans la mise en pratique du principe de la hiérarchie des normes, tous les textes (et documents graphiques ayant une portée légale ou réglementaire) doivent se faire en fonction de considérations qui laissent parfois perplexes. C'est ainsi que certains textes ou plans doivent être "conformes" aux textes ou plan qui se situent hiérarchiquement au dessus. D'autres doivent seulement être "compatibles". D'autres encore doivent être "pris en compte"...

Pour en revenir au droit du travail, la situation actuelle est déprimante car on fait n'importe quoi.

On ne peut pas à la fois d'un côté vouloir faire une subir une cure d'amaigrissement au code du travail sous prétexte de le simplifier et le rendre lisible et de l'autre favoriser l'éparpillement des sources. C'est complètement stupide. Mais c'est pourtant très précisément ce que le gouvernement est en train de faire ou de vouloir faire.

Pour terminer, une petite observation pour rassurer ceux qui trouvent le droit français difficile : Le droit belge l'est encore davantage.

Cela doit probablement être en lien avec la culture du "compromis" qui caractérise ce pays...

Écrit par : bcallens | 14/10/2015

@didier cozin
Didier j'ai besoin d'urgence de vous contacter concernant le contenu d'un article que vous avez publié dans les Echos le 6/10/2014, que je voulais citer dans un rapport. Mais je suis un peu perplexe concernant un chiffre. Pourriez-vous m'envoyer un email à cette adresse : andrew.wickham@wanadoo.fr? Ou m'appeler au 06 68 02 46 92?
Merci.
@jpw
désolé d'utiliser votre blog pour cela, mais je n'ai pas d'autre moyen de le joindre rapidement!

Écrit par : andrew wickham | 15/10/2015

@andrew : You're welcome :-)

Écrit par : Jpw | 15/10/2015

You're a gentleman Jean Pierre, even if you are French ;-)

Écrit par : andrew wickham | 15/10/2015

J'aime bien le "even you are French"...

Et encore heureux qu'il y a une majuscule à "French"...!

Écrit par : bcallens | 18/10/2015

@Andrew @Callens : en fait je suis essentiellement toulousain et européen. Français c'est inclus dedans.

Écrit par : jpw | 18/10/2015

Moi je suis essentiellement Parisien-Anglais-Espagnol, je ne sais pas dans quel ordre. Mais si les Rosbif abandonnent l'Europe, je tenterai de devenir français (si on me l'autorise). Je n'ai pas envie de retourner dans mon île pluvieuse et devenir le sujet de sa majesté Salmane ben Abdelaziz Al Saoud.

Écrit par : Andrew Wickham | 19/10/2015

@jpw

Heureusement que vous dites que vous êtes européen...

Car français "de souche", j'en doute. Vous devez avoir quelques aïeux belges (si cela se trouve on est cousins).

Mais c'est curieux. On a souvent l'impression que d'avoir des origines belges (et même flamandes) est une caractéristique que l'on ne met pas spécialement en avant, comme si c'était honteux !

Écrit par : bcallens | 19/10/2015

Pourquoi ce silence, jpw?
Pourquoi ce grand vide quand on pense à vous?

Écrit par : andrew wickham | 05/11/2015

Les commentaires sont fermés.