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09/04/2010

Révolution manquée

L'occasion était belle de rompre avec la logique des statuts et le corporatisme du diplôme. Deux affaires étaient proposées à la Cour de cassation en ce mois de mars printanier : dans la première affaire, un salarié revendiquait le même salaire qu'un salarié plus diplômé et de ce fait mieux rémunéré alors qu'ils effectuaient le même travail ; dans la seconde un ingénieur demandait un salaire équivalent à celui d'un autre ingénieur ayant un diplôme de même niveau. Par deux fois, les juges diplômés de la Cour de cassation ont été incapables de sortir de leurs repères et d'offrir une véritable portée au principe "A travail égal, salaire égal". Pour la révolution, on attendra.

Pietaoularevolutionlanuit.jpg
Max Ernst -Pieta ou la Révolution la nuit - 1923

Dans la première décision, datée du 17 mars 2010, la Cour de cassation pose en principe que des diplômes de niveaux différents justifient un écart de salaire lorsqu'ils sont utiles à la fonction même si l'activité des salariés est identique. Au principe "Travail égal, salaire égal", la Cour substitue donc le principe "A diplôme différent, salaire différent". Dans la deuxième décision, du 24 mars 2010, la Cour estime justifiée la différence de traitement entre deux ingénieurs car l'un a un diplôme dont la partie théorique est plus en rapport avec les activités exercées dans l'entreprise. Dans les deux cas, on aurait aimé que la Cour de cassation impose à l'entreprise de montrer en quoi un diplôme différent conduit à un travail différent soit dans la nature des tâches réalisées, soit dans les résultats obtenus ou encore dans les modalités de réalisation des activités. Mais la logique de statut prévaut au mépris de la lettre des textes et me rappelle qu'un étudiant en Master RH avait démontré que dans une grande entreprise technologique, la différence de salaire à l'embauche en fonction de l'école suivie par les ingénieurs mettait sept ans à se combler même si l'ingénieur le moins bien diplômé était le plus performant tous les ans.
Par ces décisions, les juges apportent leur pierre aux situations de rente et par-là même confortent la course aux diplômes et le handicap de ceux qui n'en ont guère, ou moins, sans leur laisser la chance de la preuve par l'action. Evaluer le travail et lui seul est une révolution au dessus des forces d'une magistrature dont le travail s'il est ici commenté n'est ailleurs nullement évalué.

Commentaires

Bonjour,

Ce que vous dites a quand même ses limites...

Je prends le cas du Doctorat (sujet que je connais "un peu").

Contrairement à ce qui se passe en Allemagne ou aux Etats-Unis, il est curieux de constater à quel point ce diplôme (c'est même plus qu'un diplôme ) est "déprécié" en France et ce, pour des raisons assez obscures.

Le phénomène est patent dans les disciplines scientifiques mais il se constate aussi, dans une moindre mesure en Droit ou en Lettres...Peut-être l'existence des Grandes Ecoles...Mais ce n'est pas sûr...Des "théoriciens" ? Pourquoi alors en France et pas ailleurs ?

On a l'impression d'être "hors catégorie", de ne pas exister...Ce serait même un handicap ! Sur un forum, l'un d'entre nous (un scientifique) faisait même remarquer que dans certaines entreprises, il était déconseillé d'en faire état sur les cartes de visites ! Comme s'il s'agissait d'une tare !

Il s'agit pourtant du grade le plus élevé dans la hiérarchie universitaire ( l'habilitation à diriger des recherches n'est pas un grade universitaire...) ; et, circonstance qui devrait pourtant lui donner le plus de valeur, assez rare (peut-être trop ? )...

Il suffit de se rendre sur des réseaux sociaux professionnels tels Viadeo pour s'en rendre compte. Des masters , il y en a à la pelle. Des Docteurs, il faut déjà chercher...

Bruno Callens

Écrit par : Bruno Callens (NOVATEM) | 09/04/2010

Bonjour,

Merci de votre commentaire. Ce que je dis a toujours ses limites car le propre de la chronique courte est de prendre parti et de laisser peu de place au relativisme. C'est un choix.
Sur le fond, évidemment les grandes écoles qui depuis deux siècles produisent les élites sur lesquelles elles se referment laissant à l'Université le soin de gérer la masse. La thèse n'y change rien et ne vaut qu'au sein du cénacle universitaire. D'où la seconde raison évoquée dans une chronique précédente : des thèses disciplinaires et sous contrôle du mandarin de service (j'oublie encore la nuance) qui accepte que l'on ajoute une petite brique à l'édifice constitué mais certainement pas que l'on aille voir derrière le mur. Au bout du compte, des travaux qui intéressent peu au-delà du secteur qui les a produit. Voici un triste état de l'enseignement supérieur : des grandes écoles sclérosées et grandement formatées dans la reproduction de modèles du passé, prisonnières de leur histoire en quelque sorte, et des universités dévalorisés par leur pêché originel aux yeux des "élites" : l'absence de sélection à l'entrée. Bref, du travail en perspective mais on voit mal, en ce qui me concerne en tout cas, d'où pourraient venir les salutaires ruptures.

Cordialement

jpw

Écrit par : jpw | 09/04/2010

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