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29/11/2010

Le donné et le construit

Que la formation réponde aux besoins des entreprises. Tel est le credo de nombre de responsables politiques, éducatifs ou de notre système de formation professionnelle. Si l'on prend ce point de départ, les besoins sont une donnée à laquelle les individus, dispositifs, systèmes, institutions doivent s'adapter.

Même si cela était vrai, la notion de besoin serait largement discutable : s’agit-il uniquement de pourvoir les offres d’emploi ? lesquelles ? peut-on les prévoir ? s’agit-il des besoins à deux ans, trois ans, dix ans ? quelle est la durée de l’investissement réalisé ? quelle est la nature de ces emplois ? en préparant à certains emplois est-ce que l'on prépare véritablement l'avenir ? etc.

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Magritte et The Vache

Mais ces questions sont vaines car les besoins ne sont pas un donné mais un construit. Une entreprise a des besoins qui fluctuent en fonction de ses rythmes et cycles de vie, de son environnement, de ses projets, des histoires des salariés qu’elle emploie, etc. Elle vit en perpétuelle interaction interne ou externe. Et dans ces interactions, le niveau de qualification de la main d’œuvre joue un rôle. En d’autres termes, si le système éducatif produit le double d’ingénieur cela aura un impact sur la stratégie et l’organisation des entreprises qui intègreront ce facteur d’une main d’œuvre disponible.

Partir des besoins des entreprises c’est comme partir du poste de travail pour la gestion des compétences. C’est oublier que les organisations sont d’abord faites par les hommes et les femmes qui les dirigent et qui y travaillent et que si l’on modifie le profil de ces dirigeants et travailleurs, on modifier l’entreprise…et ses besoins.

Nos dirigeants devraient se souvenir que ce n’est pas l’homme qui fait la fonction ni la fonction qui fait l’homme mais que les deux sont en interaction. Bref, il devrait redécouvrir l’analyse systémique en lieu et place de la linéarité.

Ceci dit, pour la poule et l’œuf, on a toujours pas de réponse.

Commentaires

C'est une invitation à lire ou relire "Introduction à la pensée complexe" de Edgar Morin. On y apprend à "lire" le monde et comprendre les hommes et leurs organisations de manière non linéaire mais interactive.

Écrit par : Pierre LAURENT | 01/12/2010

Voici d'ailleurs un commentaire d'Edgar Morin sur l'Oeuf et la Poule :

Edgar Morin : Nous sommes des êtres vivants, les produits d’un processus de reproduction biologique. Pour chacun de nous, il a fallu qu’un spermatozoïde chanceux trouve un ovule accueillant pour qu’un oeuf se forme et que nous naissions. Mais ce processus de reproduction biologique a besoin d’individus pour continuer. Autrement dit, nous sommes les produits d’un processus biologique mais nous en sommes en même temps les producteurs, nous sommes des produits... producteurs. De la même manière, les individus produisent la société à travers leurs interactions, mais la société avec sa culture avec son langage revient sur nous et nous produit comme individu.

LCP : L’œuf et la poule ?

E.M : C’est exactement une boucle autoproductive. On peut dire qu’une entreprise, par exemple une usine d’automobiles, ne produit pas seulement des voitures, elle passe son temps à s’autoproduire elle-même, parce que la firme produit des automobiles pour continuer à vivre, pour se développer etc. Cette boucle de l’autoproduction, ou de l’auto-organisation, est quelque chose de capital.

En écologie vous avez le cycle que l’on appelle trophique, le cycle de vie. Et bien, en en même temps, il s’agit d’un cycle de mort ! Le végétarien, insecte, ou petit mammifère, grignote des végétaux. Ce végétarien est mangé par un petit carnivore, le petit carnivore va être à son tour dévoré par un gros carnivore, le carnivore va, en mourant, dans sa décomposition, nourrir des vers, des insectes nécrophages et puis finalement laisser des sels minéraux qui seront captés par les racines des plantes. Autrement dit ce cycle qui entretient la vie est aussi un cycle de mort. C’est une idée à la fois très évidente et très complexe, car nous avons l’habitude d’opposer radicalement la vie et la mort.

Écrit par : jpw | 02/12/2010

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