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08/01/2011

Chronique de week-end : l'énigme de la jeune fille

Le week-end est temps de mise en disponibilité, de ballades, de visites, de découvertes, de rencontres. En 2011, je vous propose une rencontre chaque week-end sous forme d'énigme. La peinture, l'art d'une manière générale, a souvent proposé des oeuvres qui sont des réponses : une histoire est racontée, une fable ou une morale illustrée, une scène historique représentée. Certes l'art contemporain a fait basculer cette logique en proposant des oeuvres qui questionnent l'individu et ne lui proposent pas de réponse. D'où parfois les violentes réactions de rejet dont il est l'objet. Mais entre ces deux pôles, il est des oeuvres qui ne sont ni des réponses ni des questions mais des énigmes. Enigme pour celui qui regarde, mais peut être pour l'auteur lui même, pour qui sa propre oeuvre peut être un mystère. Chaque week-end donc au cours de cette année, un tableau en forme d'énigme avec, comme pour toute énigme, une hypothèse à la clé. N'hésitez pas à livrer les votres. Pour ouvrir l'année, l'énigme de la jeune fille.

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Petrus Christus - Portrait d'une jeune fille - 1470

La jeune fille est une énigme dont Proust proposa une éphémère résolution. La jeune fille fait peur, sa liberté est son pouvoir devant lequel tout adulte empêtré dans ses inhibitions ou au contraire déterminé par ses obsessions, cède. Jalousée des femmes, désirée et donc haïe des hommes, porteuse d'une vérité que jamais le jeune homme n'approchera, la jeune fille est un mythe que les jeunes filles habitent un instant, ou quelques uns, et puis dont elles se déprennent pour ne jamais plus le retrouver. Pour l'homme, le mythe est un mystère, l'énigme insurmontable. Certains, toutefois, l'approchent et trouvent grâce à ses yeux. Proust donc qui alla directement au coeur de l'énigme, Nabokov qui en raconta l'histoire, Lewis Caroll qui joua avec lui, Patrick Grainville qui le vénéra dans son très beau "Paradis des orages", et quelques autres dont Petrus Christus.

Petrus_Christus.jpg

La toile est de petite taille. Elle est visible  dans une vitrine de la Gemaldegalerie à Berlin. Elle a fait l'objet d'analyses, d'exégèses, d'expertises scientifiques, mais n'a rien livré. Ni sur les questions de surface, qui était le modèle, quand fut peinte la toile..., ni sur les questions plus profondes, pourquoi ces yeux asiatiques, pourquoi ce teint de porcelaine, à quelle fin ce regard détourné mais qui ne manque ni de détermination, ni d'audace, et encore moins sur la question essentielle de savoir ce que la jeune femme du peintre de Bruges nous dit d'elle-même et de ses semblables. Mona Lisa est une pâle représentation féminine comparée à cette beauté surnaturelle qui pourtant fût. Mais la peinture ne se compare pas. Tant mieux si Mona Lisa concentre l'attention et les flux touristiques. Les affinités électives vont mieux au teint des jeunes filles que les processions religieuses. Et la jeune femme de Bruges a toujours le teint d'une jeune fille en fleur.

Commentaires

Sa plus belle toile «Portrait d’une jeune fille» fut choisie pour illustrer son œuvre.
On se perd en conjectures savantes sur l’identité de l’énigmatique personne, jeune fille ou jeune mariée, que l’artiste a immortalisée. La tradition veut qu’il s’agisse de la jeune épouse d’un noble anglais, lord Talbot, qui séjourna à Bruges en 1446, date qu’on attribue couramment au tableau. Mais qu’importe le nom de la belle inconnue ? * Bien plus que sa légende, elle nous subjugue par son étrange beauté de femme-enfant, aux yeux de gazelle, au sourire ambigu mi-boudeur et mi-farouche, au visage d’un ovale parfait, au front immense très à la mode, aux sourcils soigneusement épilés et au col d’un galbe aussi pur que fragile. Petrus Christus glisse sur les détails, sauf pour le bijou et la coiffure, et modèle son sujet en vrai plasticien. Comme un sculpteur en marbre, il arrondit délicatement les surfaces, ils les polit et les fait lentement tourner dans une lumière qui n’a d’égale que celle de Vermeer de Delft.
De tous les portraits du 15e siècle flamand, celui de jeune fille (Lady Talbot ?) est incontestablement le plus attachant. Cette petite perle, grande comme un mouchoir de dentelle est célèbre au point que la ferveur populaire l’a appelée «La Joconde du Nord »
(Extrait de «Portraits flamands du 15e au 17e siècle » de M.E. LANGUI ).

Écrit par : ddp | 08/01/2011

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