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08/09/2016

Les bonnes feuilles...

C'est ce que l'on dit dans les journaux quand on publie en avant-première des extraits de bouquins à paraître. Voici donc quelques bonnes feuilles du Grand Livre de la Formation, dans sa deuxième édition qui prend notamment en compte les ruptures introduites par la loi de 2014. Et qui permet de jeter un regard socio-historique un peu différent sur l'évolution du système de formation, intégrant les enjeux pour les années à venir. Bonne lecture. 

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GRAND LIVRE FORMATION Introduction.pdf

 

Commentaires

Excellent résumé de 45 ans d'histoire paritaire de la formation, comme je n'aurai pas fait mieux je vais faire plus court

- la formation professionnelle en France (et la plupart des ANI) est une comédie sociale

- une grande majorité des entreprises ne considèrent la formation que comme un coût (autrefois une taxe obligatoire)

- la culture formation manque dans 90 % des organisations

- une forte proportion des salariés est à la fois déresponsabilisée sur le développement de ses compétences et démotivée face au travail (donc sans envie ni besoin d'évoluer)

- l'ascenseur social est en panne et n'est pas prêt de redémarrer (avec des centaines de milliers de jeunes diplômés qui ne trouvent pas d'emplois)

- la société française ne souhaite pas se projeter dans l'avenir, prévenir les pertes de compétences ou consacrer du temps et de l'énergie à son éducation ni à sa formation

- la formation professionnellement est durablement sinistrée, la plupart des OF sont à terre ou agonisant, sans ressources financières pour le développement d'actions nouvelles

Le CPF, la réforme de la formation n'étaient que de la poudre aux yeux pour faire croire aux Français qu'on s'occupait d'eux et du social mais l'inexpérience du président et de son ministre du Travail (pour ne pas parler d'incompétence) ont précipité le monde du travail (pas seulement la formation) dans un marasme qu'il sera très difficile de dépasser pour remonter une économie de la confiance et du numérique.

Tout cela ressemble à un jeu de massacre et on peut juste espérer que cela serve de leçon pour l'avenir de notre économie et du social.

Voilà, j'ai fait plus court mais merci quand même JP pour ce très bon exercice d'histoire récente.

Écrit par : cozin | 08/09/2016

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En complément de mon post précédent il y a un point où je ne suis pas d'accord avec JPW : les obligations de formation de l'entreprise avec une pénalité de 3 000 (ou 3 900) euros pour les entreprises n'ayant pas formé chacun de leurs salariés sur 6 ans. Vous estimez que cet objectif est atteignable pour la plupart d'entre elles, j'estime que cet objectif sera atteint par moins de 10 % (et encore) des entreprises

Je m'explique. La loi du 5 mars pose que 2 conditions sur 3 doivent être remplies pour que les entreprises de plus de 50 personnes (éliminant déjà 80 % des salariés travaillant dans des PME/TPE) ne soient pas pénalisées de 100 heures de CPF et de 3 000 euros

- d'une part comme je l'écrivais précédemment l'immense majorité des salariés passera entre les mailles du filet puisque le signal envoyé aux PME/TPE est qu'elles ne sont pas concernées par ce point (ni par l'entretien professionnel).
On peut le déplorer mais c'est ainsi, en France l'immense majorité des entreprises (soumises à 2 fois plus de contraintes que chez nos partenaires européens) ne font (et encore) que ce à quoi elles sont contraintes (surtout si ça leur coute de l'argent)

- d'autre part la formulation utilisée par le législateur puis le ministère du travail (décret d'application) est suffisamment ambigüe (ambiguïté dont la France sociale est spécialiste) pour laisser part à l'interprétation suivante

a) une action de formation sur 6 ans quelqu'elle soit. C'est assez facile, il suffit d'une formation obligatoire d'une seule journée (ou 1/2 journée) pour remplir ce premier point

b) bénéficier d'une augmentation salariale ou d'une promotion professionnelle.
Toutes les grandes entreprises doivent annuellement négocier les salaires (NAO) et il suffit selon les directions financières d'une micro-augmentation de salaire de 0,5 % une année pour que l'augmentation salariale soit là (ne parlons pas de la promotion professionnelle que tout le monde ou presque a remisé)

c) obtenu une certification ou un élément de certification.

Ici le CPF aurait pu jouer mais comme il est bien trop long, complexe et non financé (moins de 1 milliard quand le rapporteur de la loi estime qu'il faudrait 6 milliards), le CPF pour les salariés sera exceptionnel sur 6 ans (encore plus exceptionnel que ne l'était la réalisation d'un DIF). Il y aura au mieux 1% des salariés (sur 15 millions, soit 150 000 personnes qui entreprendront dans les prochaines années un CPF, soit 3 à 5 % de CPF au total sur 6 années.

Le plus consternant dans cette obligation c'est que l'entreprise elle-même va devoir déclarer à son OPCA ses manquements à l'obligation de formation de chaque salarié.
- comment l'OPCA vérifiera-t-il la véracité des dires de l'entreprise ?
- comment l'OPCA pourra-t-il connaître la situation de chaque salarié (entretien professionnel compris)
- comment l'OPCA pourra-t-il vérifier des centaines de milliers de documents et indicateurs fournis par les grandes entreprises (mon cas d'école constituant une entreprise de service avec 55 000 salariés, des CDD, des temps partiels, des salariés allant d'une entreprise à l'autre, d'un contrat à l'autre...)

Il faut faire attention quand les "partenaires" sociaux font mine de prendre de bonnes résolutions, c'est en général totalement joué et en France personne ne peut, ne veut, ne pense pouvoir former 100% de ses effectifs sur 6 ans (même pas sur 20 ans).

Nous travaillons actuellement avec un des très grands du commerce (plus de 10 000 salariés) pour monter un catalogue CPF

- Cette entreprise (rachetée plusieurs fois par LBO) forme en moyenne 3 heures par an chacun de ses 10 000 salariés (un peu plus en fait)

- en 2015 les 200 personnes des services RH et formation ont été totalement mobilisées par la tenue d'un PSE (plusieurs milliers de licenciées) et aucune formation n'a pu être déployée (si une entreprise rate un PSE elle est repartie pour des années de bagarre sociale)

- en 2016 l'entreprise a péniblement monté un catalogue CPF avec notre OF. En septembre nous avons appris que son OPCA arrêtait tout financement de CPF piloté par l'entreprise (avec les individus seuls ils sont tranquilles il y aura moins d'1 demande pour 1000 salariés)

- en 2017 nous allons peut être former 2 % des salariés en CPF (soit 200 personnes tout au plus)

- en mars 2020 moins de 5 % des salariés auront été formées via leur CPF (et encore si les financements sont pérennes). Cette entreprise n'aura pas remplit les conditions fixées par la loi du 5 mars 2014

Vu l'état d'endettement de cette société (cela se chiffre en milliards d'euros), vu l'activité déclinante et ses PSE à répétition, vu le montant de l'amende (pénalité) qui devrait être payée : 3 000 euros X 10 000 salariés = 30 millions d'euros soit 10 fois le budget formation il n'y a pas 1 chance sur 1000 pour que qui que ce soit réclame la moindre somme à cette entreprise (qui a déjà du mal à payer les salaires et les charges sociales).

Donc la pénalité seuls quelques rêveurs la paieront et la loi du 5 mars est à cet égard (comme à bien d'autres) en total décalage avec la réalité économique, sociale et éducative qui prévaut dans les entreprises en France.

Écrit par : cozin | 10/09/2016

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